Les bâtiments d'Engie Laborelec de Linkebeek (Belgique) se sont parés durant l'été de films photovoltaïques organiques sur les vitrages et sur les murs. Une technologie innovante fournie par Heliatek, société allemande dont le groupe français est actionnaire. Le but : tester l'intégration et le fonctionnement de capteurs solaires en conditions réelles.

"L'enveloppe active est la prochaine grande révolution du photovoltaïque", nous confiait Richard Loyen, délégué général d'Enerplan, en novembre 2015. Et c'est exactement ce qui se produit avec l'entrée en phase de test de solutions de façades actives, à l'image d'Engie, qui a déployé un film photovoltaïque organique d'Heliatek sur des bâtiments de R&D de la banlieue de Bruxelles.

 

Produire peu, mais produire partout

 

Le spécialiste allemand du solaire organique a développé des éléments spécifiques avec ses partenaires AGC (vitrage) et SVK (fibrociment). Car le film photovoltaïque a été placé en deux endroits distincts de la façade avant : directement sur un support en fibrociment et intégrés aux surfaces vitrées de l'entrée. Au total, 50 m² de capteurs translucides, qui devraient produire environ 2.300 kWh d'électricité. Une quantité relativement faible, qui correspond à la consommation d'un ménage, liée au rendement peu élevé de cette solution technique : HeliaFilm revendique 6 %, bien loin du record établi à 13,2 % par Heliatek elle-même, mais avec un capteur opaque. Car le film déployé à Linkebeek affiche lui un degré de transparence de 50 %, un peu comme le vitrage photovoltaïque de SunPartner.

 

HeliaFilm
HeliaFilm © Heliatek

 

Mais l'opération a un autre but qu'une production massive d'électricité : vérifier dans quelle mesure l'énergie solaire peut être utilisée dans l'architecture des bâtiments et tester son intégration en conditions réelles de fonctionnement. Thibaud le Séguillon, le président d'Heliatek, déclare : "La réalisation de la façade chez Engie Laborelec démontre la facilité d'utilisation de l'HeliaFilm". La technologie prouve ainsi sa capacité à être utilisée sur des bâtiments déjà existants. Car le film est à la fois fin (moins de 1 mm), léger (moins de 1 kg/m²) et flexible (avec un rayon de courbure de 10 cm minimum afin de ne pas l'endommager). Autre détail intéressant : l'orientation de ces capteurs photovoltaïques organiques n'a pas besoin d'être optimale. Dans des conditions de faible luminosité, ils s'avèrent tout de même 25 % plus efficaces que des cellules solaires cristallines. Et ils ne nécessitent pas d'attention particulière pour limiter l'élévation de leur température.

 

Un partenariat parti pour durer

 

Engie a été convaincu dès septembre 2016 par cette solution puisque le groupe français a choisi d'investir dans la startup allemande (via son fonds Corporate Venture Capital) en prenant une participation de 6,6 % à l'occasion d'une levée de fonds de 80 M€. Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie, expliquait alors : "Les technologies développées par Heliatek sont porteuses d'une formidable promesse ; elles ouvrent une large palette de solutions solaires, applicables à différentes échelles et sur différents supports, allant du bâtiment à l'automobile ou au textile par exemple". Philippe Buxant, le directeur Recherche & Technologie du groupe, fait valoir : "Engie à l'ambition d'être leader de la transition énergétique en Europe (…) Nous avons trouvé en Heliatek un partenaire capable de proposer des solutions solaires efficaces et innovantes, que nous pouvons utiliser immédiatement au bénéfice de nos clients. Nous souhaitons ainsi répondre à la demande croissante en bâtiments à zéro émission de CO2, en bâtiments passifs, pour réduire au maximum la facture énergétique de nos clients".

 

Les deux partenaires sont d'ores et déjà en cours de planification de nouveau projets pour le film photovoltaïque. Dès le mois d'octobre, il est prévu qu'Heliatek en installe sur d'autres bâtiments Engie en Belgique, notamment sur le site Fabricom d'Anvers. Le directeur Recherche & Technologie précise : "Les coûts de ces nouveau films photovoltaïques baissent de semestre en semestre, et nous sommes persuadés qu'ils pourront devenir rentable sans soutien public". Et donc, se généraliser sur les façades de tous les immeubles ?

 

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