Selon une étude diligentée par l'industriel du solaire REC (Norvège), les capacités photovoltaïques qui doivent être installées d'ici à 2025 ne seront pas suffisantes pour parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre et tenir les engagements de la COP21. La solution : multiplier les surfaces et les investissements dans cette énergie. Analyse.

Pour atteindre les objectifs pris lors de la conférence de Paris sur le climat, les nations du monde n'ont guère le choix : réduire leur consommation énergétique et effectuer une transition vers les renouvelables, afin de limiter les émissions de polluants. Cependant, les trajectoires actuelles prises par les différents pays signataires de l'accord ne seraient pas cohérentes. C'est un groupe de travail de l'industriel REC qui l'affirme, dans un rapport qui s'intitule "Changement climatique : réduire l'écart grâce à l'énergie solaire". Car, selon les auteurs de l'étude, il existerait un fossé entre les engagements pris en matière d'énergies renouvelables et les objectifs de réduction des émissions de CO2 à horizon de 2025.

 

Le document relate : "(…) pour éviter d'accélérer l'impact des changements climatiques, l'augmentation de la capacité photovoltaïque devrait être beaucoup plus importante que ne le prévoient aujourd'hui les analystes du secteur". Et REC chiffre à 4,8 TW ce besoin en nouvelles capacités photovoltaïques dans les dix ans qui viennent, ce qui est neuf fois supérieur aux prévisions actuelles. L'étude donne plusieurs exemples : "(…) le secteur de l'énergie allemand devra réduire ses émissions de 1,152 Gt à l'horizon de 2025 (ce qui équivaut à éliminer 50 millions de véhicules des routes allemandes) pour espérer atteindre l'objectif fixé à la COP21 de contenir la hausse des températures en deçà de 1,5 °C". Les auteurs ont calculé que, pour y parvenir, il faudrait que ce pays renonce presque totalement à l'exploitation du charbon, qui représente pourtant encore 45 % de son mix énergétique, suite à l'arrêt des centrales nucléaires. "Pour à la fois remplacer le charbon et tenir ses engagements quant à l'abandon du nucléaire, l'Allemagne devra ajouter, chaque année, 8 GW en moyenne à sa capacité photovoltaïque", précisent-ils. De même, aux Pays-Bas, qui ne sont pourtant pas les plus grands pollueurs d'Europe, la performance environnementale est médiocre, en raison d'un recours au charbon trop élevé. Là encore, les calculs de REC révèlent : "(…) une forte augmentation des énergies éolienne et solaire (avec une production solaire cumulée supplémentaire de 14 GW, soit moins du double des prévisions actuelles) éliminera la dépendance au charbon d'ici à 2023".

 

Le solaire pourrait contribuer à 25 % de la réduction des émissions

 

Mais c'est du côté des plus grandes nations qu'il faudra se tourner pour observer des puissances beaucoup plus importantes. Vers le Japon tout d'abord, le 5e plus gros émetteur mondial de dioxyde de carbone, qui s'est engagé à réduire ses émissions de 26 % d'ici à 2030. "Afin de combler une partie de cet écart avec l'énergie solaire, le Japon aurait besoin d'une capacité photovoltaïque cumulée supplémentaire de 250 GW d'ici à 2025, soit plus du triple des prévisions actuelles", annonce l'étude. Vers l'Inde ensuite, où la consommation électrique individuelle est moindre mais où la part de charbon dans le mix énergétique est de 73 %, ce qui en fait le 4e émetteur mondial de gaz carbonique. Le rapport souligne : "À l'horizon de 2025, ce pays émergent aura besoin d'installations photovoltaïques cumulées supérieures de 374 GW par rapport aux prévisions actuelles". Et vers les Etats-Unis finalement, où ce sont 790 GW de puissance photovoltaïque qu'il faudrait déployer, "soit le quadruple des prévisions actuelles en matière d'installations jusqu'en 2025".

 

Le p-dg de REC, Steve O'Neil, résume : "Les résultats de nos calculs sont révélateurs. Si l'on compare les prévisions d'émissions dans le cadre des politiques actuelles, et pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faut réduire les émissions mondiales cumulées de CO2 de 144 Gt à l'horizon de 2025. Etant donné qu'à l'échelle mondiale, le tiers des émissions de CO2 provient du secteur de l'énergie, nous considérons que l'énergie solaire peut contribuer de façon importante, à hauteur de 25 %, à la réduction des émissions". Mis bout à bout, les besoins en énergie solaire mondiaux seraient donc colossaux : selon les calculs de l'industriel, des raccordements de 1.700 GW seraient nécessaires pour la seule année 2025 ! Outre la formidable opportunité que ce marché représenterait pour le solaire, l'étude précise également que 75 % des autres besoins en énergie, non couverts par le photovoltaïque, le seraient par l'éolien, l'hydroélectricité, la biomasse, le nucléaire et les centrales à gaz de haute efficacité. Un scénario qui rejoint (presque) celui de Greenpeace, dans son rapport "Energy (R)Evolution" qui préconise l'abandon total des énergies fossiles avant 2050.
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