AJUSTEMENT. Le ministre de la Transition écologique et solidaire a affirmé qu'il sera impossible de ramener la part du nucléaire de 75 à 50 % dans le panorama énergétique français d'ici à 2025. A moins de relancer des centrales thermiques, ce qu'il se refuse de faire. Le SER propose une intensification du déploiement des énergies renouvelables. Explications.

S'appuyant sur un rapport du gestionnaire du réseau de transport d'électricité RTE, le ministre de la Transition écologique et solidaire a présenté la "trajectoire d'évolution" de la production électrique en France, lors du conseil des ministres de ce mardi 7 novembre 2017. Nicolas Hulot travaille à la révision de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) qui doit intervenir en 2018, afin d'ajuster au mieux les moyens et les besoins. Dans le compte-rendu de cette réunion de l'exécutif, le ministre insiste tout d'abord sur l'importance de l'efficacité énergétique qui "doit être confortée". Il précise : "Pour la première fois, tous les scénarios montrent une stabilisation, voire une baisse, de la consommation d'électricité à long terme, malgré les hypothèses ambitieuses en termes de développement du véhicule électrique et d'électrification des usages". Une rupture de tendance expliquée par la politique d'efficacité et de rénovation énergétique des bâtiments, qui seront encore renforcées, promet-il.

 

Le ministre souligne par ailleurs que la France dispose aujourd'hui d'une électricité parmi les moins carbonées d'Europe (moins de 80 gCO2/kWh contre 300 en moyenne dans l'UE) : "C'est un bon avantage que nous allons préserver pour réussir la décarbonation rapide des principaux secteurs économiques", déclare-t-il. Mais justement, cette faible empreinte est liée à l'actuel mix énergétique national qui repose en très grande partie sur l'atome. Une énergie que Nicolas Hulot avait prévu de réduire drastiquement, en fermant 17 réacteurs d'ici à 2025. Dans son communiqué il souligne : "Le gouvernement rappelle son attachement à la diversification du mix électrique, qui se traduit par le double objectif de baisse à 50 % de la part du nucléaire (…) et d'une forte croissance des énergies renouvelables dont le potentiel économique est désormais démontré". Cependant, face aux chiffres avancés par RTE dans son étude, il doit tempérer : "Malgré le développement volontariste des énergies renouvelables que va entreprendre le gouvernement, et du fait de la faible maturité à court terme des solutions de stockage, la France serait contrainte de construire une vingtaine de nouvelles centrales à gaz dans les 7 prochaines années pour assurer la sécurité d'approvisionnement lors des pointes de consommation, conduisant à une augmentation forte et durable de nos émissions de gaz à effet de serre". La France perdrait alors sa bataille contre le carbone, à l'image de l'Allemagne qui ayant abandonné l'atome présente aujourd'hui un bilan très décevant de 500 gCO2/kWh à cause de son charbon.

 

Le stockage, la clef de la sortie du nucléaire

 

Le ministre de la Transition confirme deux actions : tout d'abord l'arrêt des dernières centrales électriques à charbon de métropole d'ici à 2022. Ensuite, l'arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim, dès que l'EPR de Flamanville entrera en service. Mais il évoque désormais "la prolongation de la durée d'exploitation des réacteurs au-delà de leur quatrième visite décennale", qui sera étudiée en fonction de l'avis de l'Agence de sûreté nucléaire. Toutefois, Nicolas Hulot fera tout son possible "pour simplifier fortement le développement des projets de production d'énergie renouvelable". Le Syndicat des énergies renouvelables (SER), concerné au premier chef, note d'ailleurs qu'un scénario imaginé par RTE pour la période au-delà de 2025, nommé "Ampère", apporterait la solution à ce problème. Selon cette trajectoire, les EnR pourraient même contribuer à 50 % de la production électrique française, soit 10 % de mieux que les objectifs actuellement définis par la loi de Transition énergétique.

 

Jean-Louis Bal, le président du SER, estime qu'il faudrait accélérer dès à présent le déploiement afin de véritablement diversifier le mix : "Pour infléchir le rythme, il faut rapidement actionner, dans les mois qui viennent, un certain nombre de leviers, en particulier dans le domaine de la simplification. Mais il est aussi essentiel de faciliter l'appropriation des énergies renouvelables par les riverains, leurs représentants et l'ensemble de la population". Le gouvernement ne devrait donc pas attendre l'aboutissement des travaux de la PPE pour agir dès le premier trimestre 2018. Du côté du bâtiment, Nicolas Hulot et Jacques Mézard, son homologue de la Cohésion territoriale, devraient présenter prochainement un plan pour l'efficacité énergétique visant à intensifier les rénovations des logements et lutter contre la précarité. Emmanuel Macron lui-même aurait demandé au ministre de la Transition écologique et solidaire de stimuler l'innovation et les recherches dans le domaine du stockage d'énergie afin d'obtenir au plus vite des solutions techniques seules capables de concilier sources alternatives et demande soutenue.

 

De son côté, le Réseau Action Climat estime que "Nicolas Hulot recule sur la loi de Transition énergétique" en pleine COP23. Pour le collectif, "faire traîner le désengagement du nucléaire, c'est mettre en péril le développement des filières d'avenir et créatrices d'emploi que les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique, et laisser la place aux énergies fossiles, dangereuses pour le climat, pour pallier aux défaillances du nucléaire vieillissant qui ne manqueront pas de se produire, comme ce fut le cas l'hiver dernier avec un impact climatique désastreux". Le RAC avance que des scénarios énergétiques permettant de respecter la réduction des émissions de gaz à effet de serre et celle du nucléaire, existent bel et bien, à l'image de NégaWatt2. Pour le réseau, le scénario de RTE surestimerait notamment les exportations d'électricité vers nos voisins, exagérant donc les nécessités de production dans l'Hexagone.

 

Scénario Ohm pour 2025 :
Le scénario de RTE pour la première moitié de la décennie "met en évidence la difficulté à l'atteinte de l'objectif des 50 % de production nucléaire". Il prévoit que le parc de réacteurs serait ramené à seulement 41 GW de puissance (-22 GW) par déclassement de 24 MW de la tranche "900 MW", ce qui ne permettrait plus de produire que 274 TWh/an. Les renouvelables seraient développées pour atteindre 35 GW dans l'éolien (dont 5 GW offshore) et 24 GW de solaire photovoltaïque. L'hydroélectricité resterait stable à 26 GW. Ensemble, ces trois énergies fourniraient 187 TWh de courant annuellement.

 

Scénario Ampère pour 2035 :
Il propose de caler la réduction de production nucléaire sur le rythme de développement des EnR, et prend comme hypothèse une rénovation importante du parc de logements (700.000/an) ainsi que l'essor de la mobilité électrique avec 15,6 millions de véhicules en circulation en 2035. La consommation électrique française serait alors de 480 TWh/an. Les renouvelables seront développées de façon intense : multiplication par deux en 10 ans pour l'éolien (soit 67 GW de puissance) et pour le solaire (48 GW). Cumulés avec l'hydroélectricité maintenue à 26 GW, les trois énergies produiraient alors 314 TWh/an. Le nucléaire devra donc être réduit, mais moins que dans le scénario Ohm : seuls 16 réacteurs seraient déclassés d'ici à 2035. Le parc atomique serait alors de 48,5 GW de puissance pour 294 TWh/an de production.
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