ECOLOGIE. Sobriété des constructions, allongement de la durée de vie des bâtiments, optimisation du recyclage ou du réemploi… L'Alliance HQE-GBC a publié un cadre définissant ce que devrait être l'économie circulaire du bâtiment. Focus.

A quelques semaines de la présentation par Brune Poirson, secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, de la feuille de route de l'économie circulaire, l'Alliance HQE-GBC publie un "cadre de définition de l'économie circulaire pour le bâtiment". Ce document, rédigé par les professionnels de la filière, a reçu le soutien des ministères de la Cohésion des territoires et de la Transition écologique, ainsi que du CSTB et de l'Ademe. Anne-Sophie Perrissin-Fabert, la directrice de l'Alliance, déclare : "L'économie circulaire est un nouveau paradigme qui nécessite de réinterroger les pratiques pour plus de synergie territoriale, de sobriété, de pérennité, moins de déchets".

 

Cinq grandes ambitions soit quinze leviers différents

 

Le cadre de définition fait donc le lien avec celui du bâtiment durable. Mais il ne se cale pas sur le déroulé chronologique d'une opération (programmation, conception, construction, exploitation, déconstruction). Le document de synthèse affiche cinq ambitions différentes, applicables à l'ensemble des projets qu'il s'agisse de bâtiment neuf ou de rénovation. La première ambition est celle d'une optimisation territoriale des flux. Afin de diminuer la pression environnementale, il sera donc nécessaire de mieux connaître les gisements et potentialités du territoire. Parc existant, stocks, flux entrants et sortants, un état de lieux sera le préalable absolu. La recherche de synergies ensuite, pour gérer les ressources et matériaux, les fluides et les transports, entre les différents acteurs économiques, ceci afin de réussir un "bouclage" territorial. L'approvisionnement devra être durable et favoriser les matières recyclées ainsi que l'exploitation raisonnée des ressources.

 

Une recherche de la frugalité consistera donc à "créer plus de valeur avec moins de ressources". Pour mettre en œuvre cette sobriété, il faudra optimiser les besoins en diminuant la demande. "Dans la construction, elle implique de réinterroger les besoins d'un point de vue fonctionnel et technique puis de les optimiser en travaillant notamment sur l'intensification des usages et des espaces multifonctionnels", annonce le document. L'écoconception et l'analyse du cycle de vie seront deux outils efficaces de réduction des impacts environnementaux. Et l'adoption d'une économie de la fonctionnalité - qui privilégie l'usage plutôt que la possession - arrivera également dans le bâtiment. L'Alliance évoque des potentialités de mutualisation et de partages entre les individus ou les groupes.

 

Exploiter plus longtemps, déconstruire plus intelligemment

 

Autre ambition, celle d'allonger la durée de vie des bâtiments, y compris ceux qui existent déjà. La pérennité des produits et des équipements auront une grande influence, tout comme l'abandon de l'obsolescence programmée. Une attention particulière sera apportée à l'entretien et la maintenance facilitée des systèmes. De même, l'évolutivité des constructions en termes d'espaces et d'usages préviendra leur dévalorisation commerciale ou patrimoniale. Une approche en coût global rendra mieux compte de l'économie d'un projet, au-delà du seul investissement initial, en intégrant l'exploitation, le remplacement éventuel d'équipements et la déconstruction finale. Selon l'Alliance HQE-GBC, la logique favorisera d'elle-même des investissements plus qualitatifs qui limiteront les coûts de maintenance.

 

La limitation de la quantité de déchets générée est également au centre de l'économie circulaire. Pour réduire les déchets ultimes et transformer les autres en ressources, il faudra privilégier la démontabilité et la déconstruction sélective. Les matériaux et composants devront être aisément séparés afin de les réutiliser ou les recycler. "Le recyclage évite le gaspillage de ressources naturelles et d'énergie, limite la dépendance vis-à-vis de l'approvisionnement en matières premières et diminue les impacts environnementaux", fait valoir le document, qui met en avant la notion de "matière première secondaire" qui vient en substitution de la matière première.

 

Evaluation et certification

 

Enfin, le cadre de définition souhaite promouvoir un certain management des parties prenantes. Par la sensibilisation, avec la mise en place d'actions spécifiques, en particulier de la part des maîtres d'ouvrage, propriétaires de bâtiments dont ils auront la responsabilité. Puis par la planification réussie, qui limitera les coûts et les délais, afin d'atteindre des résultats probants, depuis la contractualisation jusqu'à la réalisation. "La RSE et l'évaluation incitent tout projet, toute action, toute politique à être analysée à l'aune de ses objectifs et de ses conséquences", note l'Alliance HQE-GBC. De quoi encourager une gestion plus efficace des ressources.

 

"Ces quinze leviers font écho à de nombreuses exigences des grilles d'évaluation HQE et viennent les renforcer", annonce Anne-Sophie Perissin-Fabert. Les certifications HQE devraient intégrer à l'avenir cette approche multicritères pour que les acteurs engagés puissent afficher un profil "Economie circulaire" sur leurs opérations. Une nouveauté qui entrera en vigueur pour le logement collectif et individuel groupé dans la version 3 du référentiel NF Habitat HQE de Cerqual Qualitel et prochainement dans les référentiels de Certivéa et Cerway.
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