INTERVIEW EXCLUSIVE. Denis Dessus a été élu nouveau président du Conseil national de l'Ordre des architectes (Cnoa). Il précise auprès de Batiactu les principaux axes de son mandat.

Denis Dessus, ex-vice-président du Conseil national de l'ordre des architectes (Cnoa), vient d'en devenir le président. Il a été élu à ce poste, le 30 novembre 2017, et succède ainsi à Catherine Jacquot. Il dirige une agence d'architecture basée à Privas (Ardèche). Il a également une agence en Chine où il travaille depuis dix ans.

 

Il précise à Batiactu quels seront les grands axes de son mandat.

Batiactu : Quelles seront les priorités de votre mandat ?

 

Denis Dessus : En tant que vice-président de l'équipe précédente, ma présidence se situera dans la continuité de ce qui a été fait. Le bilan du mandat qui vient de s'achever est très positif. Nous allons poursuivre les actions et insister sur certains axes avec une équipe renouvelée, par moitié, et très volontaire. J'ai été actif avant mon élection, je le serai après ! C'est ma nature.

 

Batiactu : Les discussions autour de la loi Logement sera forcément un axe important…

 

Denis Dessus : Les échanges ayant lieu en ce moment sont effectivement très importants. Une concertation sur le projet de loi Logement sera menée du 11 décembre 2017 au 15 janvier 2018 : les architectes seront bien sûr autour de la table pour apporter leur expertise et leur vision de concepteurs du cadre de vie. Nous devons nous attaquer à la problématique du logement très social, vu l'augmentation des sans-abri et l'émergence de bidonvilles. La pénurie et le mal-logement perdurent. Plus généralement, sur cette question, nous souhaitons faire primer l'intérêt de l'occupant, l'usage. Or, nous constatons des dérives, ces dernières années, dans le mode de production de la ville.

 

Batiactu : Quelles sont-elles ?

 

Denis Dessus : Il y a des procédures à améliorer ou à créer pour obtenir un environnement généré par l'intérêt public et non les intérêts financiers. La vente à la découpe de la propriété publique constatée dans des grandes opérations médiatiques n'est pas satisfaisante. En ce qui concerne la ville, nous devons également nous pencher sur le sujet de la ville intelligente (smart city) et des smart grids. Nous avons besoin, pour construire ces villes, d'urbanistes, d'architectes et de paysagistes, afin que tout ne soit pas pensé dans le seul intérêt marchand. Il y a aussi le développement de l'ingénierie publique qui peut déstructurer la commande et flouter les processus décisionnels.

 

Batiactu : Le plan Logement du Gouvernement vise à construire, plus vite, mieux et moins cher. Partagez-vous cet objectif ?

 

Denis Dessus : Mieux nous convient assurément, mais plus vite n'a pas de sens. La problématique, dans le logement, n'est pas de construire plus vite mais de parvenir à construire des logements de façon étale, régulière, qui correspondent aux besoins de la population. Il faut donc trouver des équilibres durables et qualitatifs des modes de production. Nous nous situons dans cette perspective-là.

 

Batiactu : Dans le cadre des discussions autour de la loi Logement, craignez-vous que l'obligation du concours d'architecture pour les bailleurs sociaux soit menacée ?

 

Denis Dessus : Cela a été un gain significatif que le concours d'architecture devienne obligatoire à tout maître d'ouvrage soumis à la loi MOP. Nous sommes bien évidemment attachés à ce que les bailleurs sociaux restent dans le cadre de cette loi. C'est un point dur pour nous car cela représente l'assurance d'une démarche qualité au profit de l'usager. La possibilité d'achat de logements sociaux en Vefa par les bailleurs a été dérégulée en 2009. Depuis, nous voyons que nous glissons d'un modèle de production de logements sociaux à une logique d'achat de logements sociaux. Nous voyons des procédures hors-normes, hors de tout cadre juridique, dans lesquelles des bailleurs sont mis en concurrence sur l'achat de logement. Cela ne génère pas de qualité, notamment en matière architecturale. Il faut donc trouver des solutions pour éviter les effets pervers du recours massif à la VEFA.

 

Batiactu : Le Gouvernement est également en train de réfléchir sur l'avenir du permis de faire. Où en sont les discussions ?

 

Denis Dessus : Issu de la loi Lcap, le permis d'expérimenter est déjà en place. Le projet actuel du Gouvernement pour étendre son champ d'application est un peu mouvant. Dans un premier temps, nous attendions un nouveau décret. Finalement, les pouvoirs publics semblent souhaiter d'avancer sur ce sujet par ordonnances.

 

Batiactu : Le Gouvernement a annoncé, pour 2018, un plan pour revitaliser les centres-bourgs. Quel est votre message à ce sujet ?

 

Denis Dessus : La désertification des centres-bourgs nous préoccupe tous. Il faut parvenir à contrer cette tendance lourde mais il est difficile de trouver des solutions globales. La ville s'est construite sur le temps long, et il faut l'étudier finement, au cas par cas. Nous avons aussi des milliers d'hectares de centres commerciaux dont la viabilité à moyen et long terme n'est pas assurée. Cela sera bien sûr l'un des sujets sur lesquels nous continuerons de travailler. La maîtrise d'œuvre professionnelle et évidemment les architectes sont les bons vecteurs de la massification de la rénovation. Nous souhaitons que le coût de la maîtrise d'oeuvre soit éligible, comme les travaux qu'elle génère, au Crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE). Cette mesure de bon sens entraînerait le particulier dans la rénovation énergétique, en améliorant la qualité d'usage, la qualité architecturale de la réalisation et la valeur du bien. Nous avons une institution réactive, compétente, dont l'analyse et les propositions sont aujourd'hui attendues. J'ai toute confiance dans l'équipe du nouveau conseil national de l'ordre. C'est une équipe jeune, et avec elle je porterai la parole des architectes.

 

Un spécialiste des marchés publics

L'un des chevaux de bataille de Denis Dessus a été, ces dernières années, la lutte contre les PPP et la réglementation des marchés publics. Il avait , dans un interview à Batiactu, critiqué le décret marchés publics de mars 2016.

 

Denis Dessus avait aussi, il y a un an, présenté un projet ambitieux et original de rénovation de la tour Montparnasse.

 


L'activité syndicale de Denis Dessus
1993-1996 : président du groupement des professionnels de la construction et de l'immobilier
2000-2004 : président du conseil régional Rhône-Alpes de l'Ordre des architectes
2004-2010 : président de la commission marchés publics du Cnoa
2011-2013 : délégué juridique Unsfa
2006-2010 : et depuis novembre 2013, vice-président du Cnoa

 

Le bureau, élu pour trois ans, se compose à présent des personnes suivantes :
- vice-présidents : Eric Wirth et Valérie Flicoteaux ;
- trésorier : Régis Rioton ;
- secrétaire : Anne Desplanques-Bettinger.
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