TECHNOLOGIES. Robotisation des forages, automatisation des chargements, géo-référencement des plans de tir, émulsions explosives… Les progrès ont été nombreux, ces dernières années, dans les méthodes de creusement par explosifs. Pascal Montagneux, responsable Activité souterrain d'EPC Groupe, nous éclaire sur ces technologies qui améliorent la sécurité et la productivité des chantiers.

Dans un contexte sécuritaire de plus en plus drastique, l'acquisition et le stockage de produits explosifs sur les chantiers s'avère compliqué et nécessite de grandes précautions. Le creusement par explosifs dits "conventionnels", fabriqués en usine, devient donc problématique et trop contraignant. Mais de nouvelles technologies sont apparues et permettent de produire ces explosifs sur site, comme nous l'explique Pascal Montagneux, responsable Activité Souterrain pour EPC Groupe : "La France a modifié sa réglementation au début des années 2000. La production in situ permet de ne transporter sur place que des matières premières dangereuses mais non explosives, à la différence des méthodes conventionnelles".

 

Quelques années pour que la technique fasse son trou

 

Cette technique consiste à déployer des unités mobiles de fabrication d'explosifs (UMFE) qui permettent de produire des émulsions explosives. "C'est un mélange de phase aqueuse (nitrate) et de phase huileuse (combustible) avec ajout d'un tensioactif pour obtenir une émulsion", nous révèle le spécialiste. "Cette matrice comburante nécessite encore l'apport d'un réactif gazéifiant pour la rendre explosive. Une réaction qui prend entre 15 et 30 minutes selon la température et la densité souhaitée. L'émulsion est ensuite pompée dans les trous de la paroi", précise-t-il. La solution a d'abord été déployée dans des carrières d'une certaine taille. "La rentabilité économique fait que ce n'est pas toujours possible sur des petites carrières, qui exploitent environ 300.000 t/an et qui font des tirs de mines inférieurs à la tonne. En revanche, les carrières du Grand Ouest où la roche est dure et le sol gorgé d'eau, qui réalisent donc des tirs de grosse taille, entre 4 et 12 tonnes, ont rapidement adopté cette technologie". L'innovation a mis un peu plus de 5 ans pour convaincre tous les acteurs.

 

Mais dans le milieu des travaux publics, et notamment celui des tunnels, le responsable Activité Souterrain d'EPC Groupe explique se heurter à un certain conservatisme : "Ce sont des chantiers de production : tant qu'une technologie conventionnelle marche, on la garde. On n'est pas là pour tester de nouvelles techniques". Pourtant, sur des chantiers qui tournent 24h/24, l'obtention d'explosifs en permanence peut constituer un avantage non négligeable, permettant de s'affranchir à la fois de la livraison et du stockage. L'expert cite comme premier exemple réussi, le creusement de la galerie de Salazie à la Réunion, sur un chantier ultramarin où la logistique cruciale, s'est avérée être un frein pour les produits dits conventionnels. "Pour répondre à cette insularité, cette solution s'est donc imposée naturellement, en 2005".

 

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