INTERVIEW. Les Agendas d'accessibilité programmés seront à l'honneur lors des 7e Assises de l'accessibilité qui s'ouvrent ce jeudi à Paris. L'occasion de faire un point sur le sujet avec Philippe Megas, Responsable technique national Accessibilité chez Dekra Industrial, dont une partie de l'activité consiste à accompagner les ERP dans leur démarche.

Batiactu : Les chiffres délivrés par la Délégation interministérielle à l'accessibilité (DMA) relatifs aux ERP déjà engagés, en cours d'engagement ou pas encore engagés ont parfois été remis en cause… Où en est-on réellement ?

 

Philippe Megas : Les chiffres du ministère peuvent être fiables, à cela près que la plus grosse difficulté est de connaître véritablement le parc d'ERP sur le territoire. Si le nombre de gros ERP est aisément remonté par les préfectures, en revanche celui des 5e catégorie par exemple est plus difficile à donner. Le ministère table ainsi sur 500.000 ERP accessibles… Selon nous, au 1er mars, sur un total de 1 million de bâtiments, on compte 300.000 ERP accessibles, 440.744 ERP entrés dans la démarche, et près de 260.000 ERP non entrés dans le dispositif. On peut estimer, à fin mai, qu'il y a eu 20.000 dossiers d'Ad'AP supplémentaires déposés.

 

En tout état de cause, cela continue de bouger, mais il faut continuer de donner une dynamique dans la mise en accessibilité. Ça a été long à démarrer, mais du chemin a été fait !

 

Batiactu : Quels sont les principaux freins pour ceux qui ne sont pas encore entrés dans le dispositif ?

 

Ph. Megas : Tout d'abord le coût. Personne n'est contre le fait de rendre les bâtiments accessibles, mais c'est une charge financière dont il faut tenir compte. Si les petits établissements sont contraints financièrement, les gros ERP ont aussi un obstacle, celui de monter un dossier qui se révèle complexe. Au final, c'est plus la méconnaissance, et la complexité administrative qui font reculer les candidats.

 

Batiactu : Justement, des sociétés comme Dekra proposent des aides et de l'accompagnement à ces ERP qui veulent entrer dans la démarche… Comment cela se passe-t-il ?

 

Ph. Megas : L'établissement qui souhaite s'engager doit avant tout avoir une idée de ce qu'il y a à faire en matière d'accessibilité. C'est pourquoi Dekra établit en premier lieu un diagnostic, et propose une aide pour intégrer la réglementation. Une personne de chez nous se rend ainsi dans l'ERP, et regarde l'image de celui-ci en fonction de la réglementation en vigueur. Notre avantage c'est d'avoir des professionnels du bâtiment qui ont une vision globale du bâtiment.

 

Environ 10.000 ERP ont ainsi souhaité être accompagnés par Dekra, à commencer par nos clients. Il en ressort que beaucoup ont demandé à intégrer la démarche sur 9 années, comme le propose l'Ad'AP. On en est donc encore au début…

 

Batiactu : Le décret « sanctions » est paru en mai dernier. Vous paraît-il suffisant face à l'ampleur du travail qu'il reste à effectuer ?

 

Ph. Megas : Je pense qu'il faut des sanctions, mais qui ne soient pas dissuasives au risque de faire fuir les gens qui souhaitent s'engager dans la démarche. Le risque de payer existe, mais l'esprit est de continuer d'avancer.
La loi de 2005 a été écrite dans un certain esprit, les textes sont parus, mais avec l'expérience, on a dû l'adapter, car il a fallu compter avec un contexte de crise, un environnement normatif qui a évolué. Des réajustements ont donc dû être opérés. Et ce n'est pas fini, tout un travail de concertation a été engagé depuis la fin 2015 et des chantiers sont en cours.
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