La conférence des Nations unies sur les changements climatiques de Marrakech (COP22) vient de s'ouvrir. Dans son discours de passage de témoin, la présidente de la COP21, Ségolène Royal a insisté sur l'aide à apporter à l'Afrique. De nombreux acteurs de la construction et de l'aménagement des territoires rappellent l'importance de la mobilisation.

La COP21 passe le relai à la COP22. En un an, 100 pays ont ratifié l'accord de Paris sur le climat. Ségolène Royal, ministre de l'Environnement et présidente de la COP21 a déclaré, dans son discours inaugural : "Nous pouvons être fiers du travail accompli, de ce socle solide sur lequel nous devons continuer à bâtir des stratégies bas-carbone". Elle a résumé son action : sens de l'urgence climatique, le souci de l'efficacité énergétique et celui de la justice climatique, en ajoutant : "En particulier pour l'Afrique. La COP22 est une COP africaine et c'est là que se trouve la priorité et l'espérance". Car sur 50 pays les plus touchés par le réchauffement climatique, 36 se trouvent sur ce continent.

 

L'architecture responsable comme solution planétaire ?

 

Ainsi, différents acteurs de la construction et de l'urbanisme se sont-ils manifestés, à l'image du Conseil des architectes d'Europe (CAE) qui rappelle que "le secteur du bâtiment peut contribuer de manière significative à la réalisation des objectifs climatiques et que l'architecture est une puissante source de solutions à moyen terme, à faible coût, aussi bien à l'échelle des bâtiments que des villes". Le Conseil précise que le bâtiment est, à lui seul, responsable de 40 % de la consommation énergétique européenne et de presque autant des émissions de CO2. Il préconise donc "d'adapter notre environnement bâti aux effets du changement climatique (…) pour accroître la résilience de nos sociétés". Selon le CAE, les architectes peuvent, tout au long de leurs interventions (conception, rénovation, aménagement urbain) contribuer à réduire ces consommations en énergie et en ressources. Lors de la COP21, le Conseil a adopté, avec l'Union internationale des architectes (UIA), le Conseil national de l'ordre des architectes français (CNOA) et le Conseil pour l'international des architectes français (CIAF), un "Manifeste pour une architecture responsable", exprimant des recommandations. Quelques mois plus tard, le CAE a également rejoint l'Alliance mondiale pour les bâtiments et la Construction, soutenue par le Programme pour l'environnement des Nations Unies.

 

Luciano Lazzari, le président du Conseil, analyse : "En Europe, la moitié du parc immobilier est déjà construit. Seulement 4 % de tous les nouveaux bâtiments dans le monde seront construits en Europe occidentale, contre 10 % au Moyen-Orient, 15 % aux Etats-Unis et 38 % en Chine !". D'après les chiffres qu'il avance, les trois-quarts du parc européen seraient d'ailleurs considéré comme inefficaces énergétiquement, nécessitant une transformation radicale. "Le principal défi en Europe est de rénover les bâtiments existants, régénérer nos villes, et mieux utiliser tous les bâtiments qui sont actuellement mal utilisés, sous-utilisés ou non utilisés", poursuit-il. Il soutient que la seule amélioration de l'efficacité énergétique par des solutions techniques ne permet pas d'atteindre l'objectif. A l'instar de la future Réglementation bâtiment responsable (RBR 2020), il recommande d'intégrer des notions de cycle de vie du bâtiment pour la gestion des ressources naturelles, ou de qualité du cadre de vie et de satisfaction des occupants.

 

Les élus locaux mobilisés pour la transition écologique

 

Autre manifestation, celle du secrétaire général de l'Association des Maires de France (AMF), Philippe Laurent, qui évoque le rôle des collectivités territoriales dans la transition écologique en cours. Il déclare : " Les maires ont bien compris qu'ils avaient une responsabilité majeure qui se traduit par des compétences environnementales spécifiques, et ils l'assument pleinement". Les villes concentrent à la fois la majorité des dépenses énergétiques mondiales mais également les possibilités d'évolution les plus radicales grâce à l'adoption de solutions innovantes. Le secrétaire général note : "La contribution à la transition énergétique est désormais une obligation pour les communautés urbaines depuis la loi de Transition énergétique de 2015". Il cite l'exemple de Saint-Etienne qui s'est lancé dans un plan de rénovation de l'habitat dans les quartiers populaires afin de réduire la précarité énergétique. Ou celui de Paris engagé dans une campagne pour devenir une ville "zéro déchet" d'ici à 2020. "Et de très nombreuses communes plus petites, même très petites, développent des démarches innovantes et pragmatiques, faisant le plus souvent appel à l'engagement citoyen qui est de plus en plus affirmé", fait-il valoir. L'AMF souhaite que les maires soient prescripteurs du comportement des habitants en matière d'économies d'énergie, de mobilité durable et de développement urbain, en agissant auprès des écoles et des associations. "Il est indéniable que ces politiques locales ont davantage de force que d'hypothétiques solutions universelles", conclut-il, rappelant au passage que la marge de manœuvre budgétaire des collectivités se faisait de plus en plus étroite pour parvenir à mener à bien des actions. Philippe Laurent formule un vœu : celui de construire un modèle sociétal plus équilibré, mettant en valeur les territoires et l'économie circulaire de proximité. Un beau programme.
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