CONJONCTURE. D'après l'enquête nationale de la construction bois, les parts de marché du bois dans la construction ont drastiquement chuté en 2016. Mais l'avenir semble prometteur avec la montée en puissance du critère "carbone" dans l'évaluation des bâtiments. Tour d'horizon.

Des chiffres "assez catastrophiques". C'est ainsi que Loïc de Saint-Quentin, secrétaire général du syndicat français de la construction bois (Afcobois), qualifie les données de la dernière enquête nationale de la construction bois. Elles ont été présentées le 30 mai, à Paris, lors d'un colloque consacré à la construction bois dans le résidentiel. Alors que le matériau semblait, année après année, percer sur tous les fronts, il semblerait bien que l'envol tant attendu ne soit pas pour tout de suite.

 

En effet, si l'on se penche sur les chiffres, c'est la douche froide. Sur la maison en secteurs diffus et groupé, le bois passe en dessous des 13.000 unités (il était à près de 20.000 en 2011). La part de marché se situait, en 2016, sous les 9% (10,79% en 2011). Sur le logement collectif, la part de marché passe sous la barre des 6% (environ 22.000 unités en 2016, contre 26.690 en 2011). "C'est toutefois un marché qui a tendance à repartir, grâce à des solutions mixte bois-béton ou bois-acier", observe Loïc de Saint-Quentin.

 

Le bois touché par la crise plus tard que les autres segments d'activité

 

Seul point positif, la bonne tenue des solutions bois sur le marché de l'agrandissement/extension et des surélévations. Ici, la part de marché en 2016 est supérieure à 27%, pour près de 10.000 chantiers. "Sur ce type d'opérations, nous sommes en relation avec des particuliers, un type de clients avec qui nous avons l'habitude de faire affaire", explique Loïc de Saint-Quentin.

 

Mais quelles sont les raisons de cette contre-performance du matériau sur les plus gros marchés, alors même que les critères écologiques favorisant a priori le bois ont le vent en poupe ? Loïc de Saint-Quentin en voit plusieurs - et il faut dire que ce sont les mêmes qui reviennent depuis de nombreuses années.

 

Tout d'abord, les professionnels du secteur ont visiblement souffert de la crise économique de 2008-2009 bien plus tard que les autres. "Quand la crise a commencé, nos carnets de commandes étaient pleins", explique le secrétaire général d'Afcobois. D'autres raisons sont davantage structurelles. "Les maîtres d'ouvrage ne nous connaissent pas, ou peu", ajoute-t-il. Un effort serait ainsi à faire pour évangéliser le marché.

 

Une offre trop focalisée sur le haut-de-gamme

 

Loïc de Saint-Quentin formule également une critique souvent adressée au monde de la construction bois : l'offre est trop focalisée sur le moyen et haut-de-gamme. Alors que le cœur du marché, celui des primo-accédants notamment, n'est pas là. Il est dans la maison économique. "Certains ont peur de faire baisser l'image de marque de notre matériau en s'ouvrant à ces marchés, mais nous devons nous adapter à la demande", estime Loïc de Saint-Quentin.

 

S'adapter au marché passerait également, selon les professionnels, par le fait de proposer des maisons dans le cadre d'un CCMI. Notamment pour faire bénéficier les clients des aides financières gouvernementales, adossées à ce type de contrats sécurisant. "Il arrive parfois que les banques ne prêtent plus d'argent en dehors des CCMI pour les primo-accédants", remarque d'ailleurs Loïc de Saint-Quentin. Un professionnel du bois, présent au colloque, appuie cette remarque. "Je viens du monde de la promotion immobilière, où les professionnels sont littéralement drogués aux aides gouvernementales", affirme-t-il. Selon lui, c'est aux professionnels de la construction bois de s'arranger pour être éligibles aux aides.

 

La guerre fait rage entre les différents modes constructifs

 

Ces constats sont loin, pourtant, de faire perdre espoir à la filière. Car reste la promesse du label énergie carbone (E+C-), préfigurant la prochaine réglementation thermique, et ayant la particularité de prendre en compte la trace carbone d'un bâtiment durant toute sa durée de vie. Un domaine dans lequel le bois est naturellement avantagé, sans compter que le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, sera pleinement impliqué dans la définition de ces futures règles techniques et thermiques.

 

"Nous avons devant nous un boulevard phénoménal ; si nous montons d'un cran en qualité, nous pourrons franchir la barre des 100.000 logements, voire plus", assure un professionnel présent au colloque. Pour autant, la partie de la future réglementation n'est pas gagnée. Chaque groupe de pression des différents modes constructifs cherche à tirer la couverture à soi en faisant en sorte que les prochains textes mettent en valeur sa solution constructive. "Actuellement, les filières se rendent coup pour coup", nous explique une source engagée dans les négociations. "Mais le dossier avance. Le bois n'a pas dit son dernier mot." Les enjeux sont de taille, puisque la prochaine réglementation environnementale sera en mesure de modifier en profondeur les parts de marché de chaque mode constructif.

 

Trop d'organismes professionnels dans la filière bois ?
Pour Christian de Louis-Victor, président de l'Union des industriels et constructeurs bois (UICB), l'un des soucis de la filière est d'être représentée par un trop grand nombre d'organisations professionnelles. "Il faudra que nous parlions le même langage auprès des nouveaux ministères", a-t-il expliqué à l'auditoire. "Cette filière a du poids, mais elle est un peu trop dispersée dans divers organismes. Pourtant, le bois est le matériau du XXIème siècle ! Nous devons davantage soigner notre communication."
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