ACTIVITE. Le niveau de la Seine continue de monter et pourrait dépasser les 6,10 mètres ce samedi 27 janvier. Une situation qui empêche la circulation sur le fleuve et paralyse l'activité de plusieurs unités de production de béton situées sur les quais. Batiactu fait le point.

Voies sur berges fermées, circulation des barges et péniche suspendue, installations portuaires inondées… Les conséquences de la crue de la Seine sont nombreuses et impactent les entreprises des matériaux de construction de multiples façons. La cote maximale, prévue pour le week-end, pourrait osciller entre 5,80 et 6,20 mètres, dépassant les niveaux atteints en juin 2016. La Ville de Paris et les grands opérateurs comme EDF, Engie, Enedis, Eau de Paris, CPCU, RATP et SNCF surveillent l'ensemble des réseaux pour l'heure sans autre conséquence qu'une coupure de la ligne C du RER dans Paris intra-muros, et d'une coupure de courant pour 1.000 abonnés (sur 6,2 millions).

 

Pour les professionnels, la circulation automobile est également difficile en Île-de-France, avec la fermeture des voies sur berges et de plusieurs tunnels (Tuileries, voie Georges Pompidou, voies Valhubert et Mazas). Si les chantiers du Grand Paris Express ne semblent pas encore stoppés par la montée des eaux, il en va autrement des sites de production de béton, situés sur les quais de la Seine. Yvon Fourment, le directeur Production & Maintenance de Cemex Bétons Île-de-France, nous explique : "Entre les ports et les installations de production de béton, nous sommes impactés à double titre. L'approvisionnement par barges est compliqué voire impossible dans Paris". La circulation des péniches est en effet rendue impossible à cause de la hauteur du fleuve qui interdit le franchissement des ponts dans la capitale.

 

Faute de barges, l'approvisionnement se fait par camions

 

Les producteurs comme Lafarge et Cemex nous expliquent que l'activité des unités situées sur les quais est stoppée, et que la production se réorganise avec les autres sites franciliens. "Nous gérons nos stocks et faisons de l'appoint par camions", précise Yvon Fourment. "Certaines installations sont fermées, comme à Tolbiac, Athis-Mons, mais nous nous organisons en reportant sur des unités plus lointaines comme Aubervilliers au nord, Bondy à l'est, Palaiseau au sud et Nanterre à l'ouest". Tout l'enjeu pour ces groupes est de continuer à alimenter les clients en béton. Mais la tâche se complique lorsqu'on apprend que le chargement d'une seule barge représente l'équivalent de 65 camions et que, quotidiennement, Cemex seul nécessitait 2 à 3 barges de matériaux. "Il y a une massification des flux terrestres, ce qui va à l'encontre de notre politique environnementale. Mais cette situation est exceptionnelle. Nous réalisons nos approvisionnements de nuit, en décalé, pour éviter les embouteillages", ajoute Yvon Fourment.

 

Quant aux installations qui sont déjà sous l'eau, le groupe précise avoir appris de la précédente crue, de juin 2016 : "Nous avons barricadé, anticipé sur le matériel de pompage, mis les sites en sécurité. Le but est de limiter les sinistres et de pouvoir reprendre l'activité le plus rapidement possible au moment de la décrue". L'épisode précédent de crue avait nécessité entre 4 et 6 jours de vérification des matériels avant de pouvoir relancer la production. Des catastrophes naturelles qui pourraient se multiplier à l'avenir, en raison de l'urbanisation intensive de l'Île-de-France et de la modification du climat qui pourrait devenir encore plus humide l'hiver. Et qui auront un coût, reporté sur le prix des matériaux, non encore totalement évalué par les industriels.
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