STRATEGIE. Le groupe Bouyer Leroux, spécialiste de la terre cuite, qui revendique une croissance patiente et raisonnée, va mettre en place un plan industriel qui lui permettra d'atteindre un bilan carbone neutre dès 2025-2030. Au programme, de conséquents investissements pour moderniser l'outil de production et lui faire prendre le virage de la transition.

La coopérative Bouyer Leroux évolue. Non contente de mettre la dernière main à l'intégration totale de Bouyer Leroux Structure (ex-Imerys) dans son organisation dans les prochains jours, l'entreprise qui produit des briques, tuiles, conduits et fumée et éléments de bardage en terre cuite, prépare sereinement l'avenir. Roland Besnard, le président directeur général du groupe, explique : "Nous sommes un acteur industriel des matériaux désormais reconnu nationalement, grâce à la fusion avec Imerys Structure, et nous faisons évoluer notre outil industriel". Le dirigeant précise que Bouyer Leroux adopte une stratégie "long termiste" et "une approche patiente et raisonnable de l'économie qui prend en compte le caractère cyclique des marchés du BTP". L'objectif de croissance est donc "équilibré, durable et rentable entre les différentes activités". Toutes les opérations entreprises n'ont qu'un but : renforcer l'activité Terre cuite qui représente l'essentiel du chiffre d'affaires de 185 M€.

 

Modernisation de l'outil de production

 

En 2018, le groupe prévoit déjà d'investir au total un peu plus de 12 M€ dont 6,5 M€ pour le pôle Terre cuite. Des fonds qui serviront à moderniser le site de Colomiers (Haute-Garonne) pour y améliorer les conditions de travail et de sécurité, et automatiser la partie aval de la ligne de production Bio'bric. L'unité de broyage sera également modernisée. D'autres investissements seront consentis chez Thébault (1,5 M€), afin de rendre les produits béton compatibles avec les gammes de briques maison, ou chez SPPF (2,5 M€) pour augmenter les capacités de production de fermetures (volets roulants, portes de garage…).

 

Mais Bouyer Leroux va également consentir de lourds investissements jusqu'en 2025 pour répondre à une stratégie de développement durable ambitieuse : "Nous voulons atteindre un bilan carbone neutre à l'horizon de 2025-2030", annonce le président. Une cible en avance de 20 ans sur les trajectoires nationales, qui ne prévoient pas une compensation totale de l'empreinte CO2 avant 2050 ! Il s'agit également d'une perspective complexe pour une industrie dont les procédés comprennent des étapes de cuisson de la terre et de séchage des briques contenant encore 20 % d'eau. Pour y parvenir, le groupe s'est même doté d'une direction dédiée uniquement aux questions énergétiques et confiée à Emmanuel Allorent. Sa mission : réduire les consommations des usines et diminuer la part des énergies fossiles pour améliorer le bilan carbone du groupe et des produits. Bouyer Leroux anticipe ainsi la future réglementation E+C- qui prendra en compte cette dimension des produits de la construction.

 

Sept ans pour passer à l'électricité solaire et à la biomasse

 

Le directeur Energies dévoile : "Il y aura une évolution à moyen terme du dispositif industriel pour réduire cette empreinte". Le groupe cherchera par exemple à améliorer ses procédés de production afin de diminuer le taux de déchet et employer au mieux les ressources, et il optimisera l'efficacité énergétique de ces mêmes process. "Nous effacerons l'ensemble de la consommation électrique, qui est de 57 GWh, par de la production d'électricité verte dans les cinq ans, en mettant en place du photovoltaïque à la fois sur les toitures d'usines, comme à La Boissière du Doré (Loire-Atlantique) qui est déjà équipée, mais également dans des carrières". Ce vaste plan solaire mobilisera 35 M€ sur la période. Autre volet de cette stratégie, la transition du gaz naturel vers d'autres sources de chaleur renouvelables. "D'ici à 2025, nous passerons de 40 % à 90 % de l'énergie thermique consommée d'origine biomasse pour le séchage des briques de murs", ajoute Emmanuel Allorent. Ce sont ainsi trois foyers qui seront adaptés à l'utilisation de bois de recyclage comme combustible. Du côté des fours de cuisson, ils seront modifiés pour accepter différentes sources d'énergie : biogaz issu de déchets, sciures de bois provenant de la première et deuxième transformation du matériau, sous-produits agroalimentaires comme les coques de tournesol ou les issues de céréales en silo… "Nous nous inscrivons dans une boucle d'économie circulaire", précise le directeur Energies qui annonce que pour cet autre partie du plan, entre 20 et 25 M€ seraient investis d'ici à 2025. L'unité de Mably (Loire) dispose déjà, pour sa part, d'une unité de cogénération développée avec Dalkia pour un budget de 3 M€. Cette installation, démarrée en novembre 2017, parvient à couvrir deux tiers des besoins en énergie thermique et 90 % de l'électricité du site.

 

Autant d'initiatives qui contribueront à rendre l'entreprise plus compétitive pour proposer des systèmes constructifs à empreinte environnementale réduite. Bouyer Leroux a d'ailleurs participé au chantier de la première maison E+C- de la région Nouvelle Aquitaine, avec Agena Construction, qui sera livrée au printemps 2018. La bâtisse présente un niveau E3C1 grâce à l'utilisation de briques thermiques "bgv RT 1.2" et d'une grande surface de photovoltaïque en toiture. Le groupe a, par ailleurs, testé un procédé de préfabrication en usine pour des éléments de murs pour une maison de 100 m² assemblée sur site par EGMF pour Aktuel Construction. Des innovations qui pourraient connaître des débouchés commerciaux intéressants.

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