CONCURRENCE. L'Autorité de la concurrence a sanctionné à hauteur de 302 millions d'euros les trois principaux fabricants de revêtements de sols en PVC et linoléums pour s'être entendus notamment sur les prix.

L'Autorité de la concurrence vient d'annoncer sanctionner d'une amende de 302M€ pour entente les trois fabricants leaders des revêtements de sols PVC et linoléums en France, à savoir Forbo (75 millions), Gerflor (62 millions) et Tarkett (165 millions), ainsi que le Syndicat français des enducteurs calandreurs et fabricants de revêtements de sols et murs (300.000 euros).

 

L'organisme affirme dans un communiqué de presse du 19 octobre 2017 avoir mis au jour trois pratiques délictueuses : une entente entre les toris fabricants visant à "à réduire drastiquement, voire à totalement supprimer, la concurrence dans le secteur de la fabrication et la commercialisation des produits de revêtements de sols PVC et linoléums", l'échange d'informations confidentielles sous l'égide du Sfec et la signature d'un acte de non-concurrence "concernant la communication sur les performances environnementales de leurs produits". L'Autorité précise que "ni les entreprises, ni le syndicat n'ont contesté les faits", qui ont duré 23 ans pour l'une d'elles, 9 et 10 ans pour les deux autres.

 

Des réunions secrètes de 2001 à 2011

 

Coment s'est déroulée l'entente ? L'Autorité révèle que "de fin 2001 à 2011, les trois principaux fabricants de revêtements de sols en France, Forbo, Gerflor et Tarkett, se sont rencontrés secrètement, au cours de réunions dénommées '1 ; 2 ; 3' pour discuter notamment des prix minimums des produits et des hausses de prix de l'ensemble de leurs produits qui seraient communiquées à leurs clients respectifs, ainsi que de nombreuses problématiques liées à leur stratégie commerciale".

 

Un dirigeant de Forbo explique : "L'idée n'était pas d'organiser une répartition mais simplement d'établir une différenciation entre les prix de nos produits qui ne soit pas pénalisante sur un plan commercial. De manière générale, nous respections les prix minimums convenus avec Gerflor et Tarkett." Le directeur général de Tarkett, pour sa part, explique qu'il y avait "un accord selon lequel il ne fallait pas aller en dessous de ces prix planchers, ces derniers étant peu ou prou équivalents entre Forbo, Gerflor et Tarkett".

 

Neuf lignes téléphoniques occultes dédiées

 

En tout, une trentaine de réunions ont eu lieu pour mettre en place cette entente, d'abord en marge des réunions officielles du SFEC ou dans un café proche des locaux du syndicat. Avant de se réaliser dans des hôtels ou restaurants parisiens et également en province. Neuf lignes téléphoniques dédiées avaient été ouvertes pour échanger spécifiquement sur ces sujets. "Chaque participant aux réunions a été équipé d'un téléphone dont la ligne avait été ouverte par un concurrent, afin que les communications aient toujours lieu entre deux téléphones de la même entreprise. En pratique, chacun détenait donc deux téléphones, à savoir un de sa propre entreprise, ainsi qu'un autre téléphone dont la ligne avait été ouverte par un autre fabricant", explique l'Autorité de la concurrence.

 

"Le respect du droit de la concurrence est l'une des valeurs éthiques du groupe", réagit Tarkett
Dans un communiqué de presse du 19 octobre, Tarkett affirme "prendre acte" de la décision de l'Autorité de la concurrence. "Le règlement de l'intégralité du montant de l'amende interviendra en fin d'année 2017 ou au début de l'année 2018", précise-t-il également. "Cet élément exceptionnel conduira Tarkett à reporter un résultat net négatif sur l'année 2017, mais ne remet pas en cause les objectifs financiers du plan stratégique 2020, ni la capacité du Groupe à respecter ses engagements financiers." Par ailleurs, rappelant que "le respect du droit de la concurrence est l'une des valeurs éthiques du groupe", la société souhaite renforcer son programme de conformité "visant notamment à assurer le strict respect des règles applicables en matière de concurrence".

 

Le groupe Forbo a également réagi par communiqué de presse, se limitant à l'analyse financière de la situation, indiquant qu'une provision avait été apportée à hauteur de 85 millions d'euros mi-2017. Les résultats de la société ne devraient ainsi pas être impactés par cette sanction.

 

Gerflor, contacté par Batiactu, n'a souhaité faire aucun commentaire.
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