D'après les spécialistes de la construction bois, réunis par le CNDB ce jeudi 7 juillet 2016, le bois est aujourd'hui une solution logique pour édifier ou surélever des immeubles de logements collectifs. Le nombre de chantiers de référence ne cesse de croître et les retours d'expérience démontrent tout l'intérêt de ce matériau. Analyse.

La construction d'immeubles en bois prend de l'ampleur en France : les verrous techniques et psychologiques ont sauté et le nombre de références ne cesse d'augmenter, avec une grande variété dans les typologies de bâtiments et les solutions adoptées. Il n'est pas rare, aujourd'hui, de réaliser de l'habitat collectif en R+5 ou R+6, totalement en bois. De même, dans les cas des surélévations destinées à densifier les centres villes, les propriétés du matériau en termes de légèreté, de facilité d'assemblage et de rapidité de mise en œuvre grâce à la préfabrication en usine, lui confèrent des avantages certains.

 

Des surélévations qui financent une partie de travaux d'amélioration

 

Exemple typique, celui de la création de 73 logements en surélévation d'un immeuble parisien du milieu des années 1960. Marion Dumesny, de Paris Habitat, explique : "L'opération est menée dans le cadre d'une rénovation urbaine comprenant une réhabilitation pour répondre aux exigences du Plan climat de la Ville de Paris". L'objectif initial est de faire baisser la consommation d'énergie primaire de 750 logements, en la faisant passer de 237 kWhep/m²/an à 89 kWhep/m²/an, soit un classement étiquette énergie passant de F à C. D'un montant de 58 M€, l'opération comprend également la création d'une douzaine d'ascenseurs pour des ailes en R+4 qui n'en possédaient pas. "Pour participer à la densification urbaine, nous avons souhaité rehausser ces bâtiments tout en les équipant de cages d'ascenseur en façade. Le coût de cette installation pourrait donc être reporté sur la création de nouveaux espaces à valoriser", précise-t-elle. Mais l'intervention se révèle délicate : l'ensemble d'immeuble en béton sur dalle, interdit toute reprise en sous-œuvre, les parkings étant intouchables pour des raisons juridiques. Une campagne de sondage des sols et des calculs des capacités portantes révèlent que la surcharge devra être contenue. "La construction bois est un choix d'opportunité : la surcharge a été diminuée de 500 tonnes", révèle Marion Dumesny.

 

Gilles Forest, de la société Arbonis (filiale de Vinci), renchérit : "Il existe des contraintes sur ce chantier très exigu, avec un problème pour livrer des modules 3D assemblés, qui obligent à travailler en 2D". L'enjeu : la création de deux niveaux supplémentaires, sur la largeur des immeubles, afin d'offrir des maisons sur le toit. "Des plots d'ancrage ont été créés sur l'étanchéité existante, qui a été conservée. Le but est d'avoir le moins de nuisances possible. Les gaines ont été passées dans le vide technique", annonce-t-il. La structure porteuse de cette surélévation, réalisée en lamellé-collé, comprend des poteaux et poutres, qui sont renforcés ponctuellement par des sommiers métalliques "afin de limiter les retombées de poutres". La mixité entre les matériaux de construction serait "intéressante", selon le spécialiste. Le chantier, d'une grande complexité en raison des travaux dans les 750 appartements existants, ne se terminera qu'en 2018.

 

Des coûts au m² particulièrement compétitifs

 

Autre exemple, celui de la construction de logements sociaux par le bailleur Tours Habitat, dans l'éco-quartier Monconseil. L'architecte Eva Samuel, en charge du projet, raconte : "C'est une petite opération, qui vient en 2e phase d'un projet où deux crèches sont superposées et mitoyennes avec un immeuble de logements en béton préfabriqué". Pour cette seconde phase, c'est le CLT qui est choisi, et qui sera revêtu d'un bardage en bois grisé, afin que les deux immeubles aient un aspect relativement similaire. "C'est une solution économique pour garantir cette uniformité et qu'elle ne bouge pas", explique-t-elle. Là encore, le montage en CLT nécessite des poutrelles métalliques afin de renforcer les portées trop importantes. Joël Blanc, de la société Altibois, détaille : "Murs et plafonds sont en CLT visible. Pour des raisons esthétiques, nous avons travaillé avec des huiles pigmentées en blanc, et partiellement retouché les panneaux en fin de chantier. Il sera possible d'intervenir au cours de la vie du bâtiment. Mais toutes les finitions et les poses de menuiseries et stores ont été faites en atelier". Le nouveau bâtiment, un R+4, a ainsi été préfabriqué en 2D, découpé puis stocké dans l'usine savoyarde, avant d'être expédié à Tours. "L'isolation extérieure est en laine de roche, il y a une chape béton pour les planchers, tandis que le bardage extérieur est en mélèze avec lasure", énonce le professionnel. Livré en 2015, l'immeuble de logements sociaux présente un coût de 1.440 €/m² (surface de plancher).

 

A Montreuil, ville particulièrement dynamique pour accueillir des constructions bois, c'est un immeuble R+5 qui a poussé, abritant 17 logements. Particularité : ses classifications Passiv'Haus et bâtiment biosourcé, qui en font un bâtiment exemplaire. Le maître d'œuvre, Stéphane Cochet (agence A003 Architectes), décrit : "L'opération, qui est en cours de réception, est en filière sèche intégrale, y compris les cages d'ascenseur en préfabriqué CLT. L'immeuble intègre la question du double flux et bénéficie d'une optimisation thermique avec le travail mené par les bureaux d'études techniques et fluides". L'architecte explique avoir poussé la préfabrication le plus loin possible, notamment pour garantir une qualité d'exécution parfaite et une bonne étanchéité à l'air, primordiale pour atteindre les performances visées. "Pour tous les usages, la consommation est de 103 kWhep/m²/an et les besoins de chauffage de seulement 14 kWh/m²/an. Il n'y a même pas besoin de pompe à chaleur. Le chauffage et l'eau chaude sanitaire sont produits par une petite chaudière à gaz", annonce-t-il. Seuls raffinements technologiques, des échangeurs thermiques afin de récupérer les calories des eaux usées et 130 m² de panneaux photovoltaïques en toiture. "Grâce aux doubles murs, à la chape sèche, au double solivage pour les planchers, le résultat acoustique est au top !", s'enorgueillit l'architecte. Les menuiseries, elles aussi en bois, accueillent des triples vitrages.

 

Concernant le chantier, le clos couvert hors d'eau hors d'air, a été réalisé en deux mois, grâce à une poignée d'hommes de l'entreprise Socopa. "La rapidité et la qualité d'exécution étaient parfaites. Il n'y avait qu'une grue, aucun échafaudage, aucune plainte des riverains", conclut Stéphane Cochet qui vante la répartition en deux macro-lots, assurant une bonne maîtrise par des intervenants très qualifiés. Résultat : un ensemble de logements à 1.850 €/m² habitable, "un prix équivalent à celui d'un bâtiment béton RT2012". Un argument décisif pour la maîtrise d'ouvrage.

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