POINT DE VUE. L'Association syndicale des industriels de l'isolation végétale (ASIV) a évolué pour devenir l'Association des industriels de la construction biosourcée (AICB). En élargissant son scope elle souhaite s'inscrire davantage dans l'acte de construire. Jean-Michel Grosselin, le vice-président de l'association, nous explique les attentes de la filière.

L'association de l'isolation végétale a refondu ses statuts pour mieux correspondre à la construction d'aujourd'hui. Jean-Michel Grosselin, directeur France de Pavatex et vice-président de l'Association des industriels de la construction biosourcée, nous explique : "Les isolants biosourcés rassemblaient les fibres de bois, de chanvre, de lin, le coton recyclé, ainsi que des filières non industrielles comme la paille et les laines animales, encore très artisanales. Des produits qui représentent en tout entre 8 et 10 % du marché de l'isolation, ce qui est non négligeable". Pour lui ces matériaux sont désormais reconnus, puisque évalués, certifiés et vendus par les négoces. "Ils devraient finir par être considérés comme traditionnels aux côtés des isolants minéraux ou polymères", estime-t-il. D'autant que leur marché est dynamique, progressant de +5 à +10 % par an, sans que la crise ne les touche vraiment. "Il y a une appétence pour ce type de produits", ajoute-t-il, satisfait. Les géants de l'industrie ne s'y sont pas trompés puisque Pavatex est rentré dans le giron de Soprema en 2016, tout comme Isonat (fibre de bois) est devenue une filiale de Saint-Gobain.

 

Faire la distinction entre carbone fossile et carbone renouvelable

 

Une tendance qui se traduit également par le soutien accru des pouvoirs publics à la construction bois. D'où un changement de stratégie de la part de l'association qui souhaite accueillir de nouveaux adhérents, situés au-delà de la seule isolation. "Les bétons isolants qui intègrent du chanvre ou du miscanthus deviennent porteurs. Nous sommes donc en discussions avec Alkern et Calcia afin d'élargir notre scope, ainsi qu'avec Ecima, pour la ouate de cellulose. Et l'UICB - Union des industriels de la construction bois - nous a rejoint cette année", relate Jean-Michel Grosselin. Le but : profiter de la structuration du marché de la construction bas carbone où le biosourcé apparaît comme une solution incontournable, puisque les matériaux capturent du CO2 pendant leur durée de vie. Et en profiter pour faire valoir les idées des industriels du secteur, notamment dans le cadre de l'élaboration de la future réglementation environnementale. "Il faut faire le lien avec le secteur du bâtiment et compléter le référentiel par un indicateur du carbone renouvelable par exemple. Ce dernier est différent de l'empreinte carbone proprement dite, puisqu'il discrimine carbone fossile et carbone renouvelable, à l'image de ce qui est fait dans l'énergie entre énergies fossiles et énergies renouvelables". Le vice-président de l'AICB est certain que le prochain indicateur de la construction ne sera plus l'économie d'énergie - nécessaire mais pas suffisante - mais le poids de CO2/m².

 

Mettre en place l'exemplarité des bâtiments publics

 

Pour le vice-président de l'AICB, la filière du biosourcé anticipe déjà la déconstruction des bâtiments actuels, notamment grâce à la recyclabilité des produits. Celui qui est directeur France de Pavatex plaide pour la complémentarité des solutions et des techniques dans la construction, du moment que la démarche est vertueuse. Selon lui, les industriels des matériaux travaillent à l'établissement de réseaux de collecte des déchets avec les grands acteurs du secteur, et imaginent des débouchés dans la chimie verte notamment, ou une coopération avec l'industrie alimentaire afin de valoriser ses coproduits. Jean-Michel Grosselin souhaite inscrire les industriels des biosourcés dans une stratégie nationale de transition vers l'économie verte. Des incitations sont donc attendues par l'association, qu'il s'agisse de mesures fiscales comme le crédit d'impôt, ou d'exemplarité dans la commande publique. Le responsable cite l'exemple américain "Bioprefered" où les agences fédérales doivent, à performance égale, privilégier les matériaux biosourcés pour construire ou rénover leurs bâtiments. "Il faut donner une impulsion pour que la transition se fasse !", conclut-il.
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