Substituer des matières premières polluantes par des produits naturels renouvelables, valoriser des ressources locales ou des déchets en filière courte, telles sont les grandes tendances observées dans le secteur des matériaux de construction. Tour d'horizon de ces initiatives écologiques destinées à diminuer l'impact environnemental des bâtiments, tout en préservant leurs performances.

Pour les produits dits "verts", l'heure n'est plus à la création de nouveaux produits ou à la recherche de propriétés innovantes : les industriels se penchent désormais sur la substitution de certaines matières premières, issues de l'extraction et dont les ressources tendent à s'amenuiser, par des produits organiques. Ces derniers présentent l'avantage de se renouveler et de fixer du carbone pendant leur croissance, maximisant ainsi l'effet recherché : diminuer l'empreinte environnementale de la construction. Pas question toutefois de négliger les performances de ces matériaux biosourcés qui doivent, a minima, présenter des caractéristiques proches des produits actuellement sur le marché.

Incorporation de 80 % de déchets de bois

Pour faire face à ce double défi, les départements de R&D des industriels et des instituts académiques rivalisent d'ingéniosité. A l'occasion du salon Ecobat, qui se tient à la porte de Versailles à Paris jusqu'au vendredi 20 mars, plusieurs solutions d'écoconstruction ont été présentées, dont le bloc porteur bio-sourcé d'Alkern. Le groupe spécialisé dans la préfabrication d'éléments en béton, propose ici un bloc constructif incorporant des déchets de bois, issus du broyage de palettes, à hauteur de 80 %. Les fibres sont liées par du ciment, de la chaux et du sable, afin de former un matériau compact, présentant de bonnes performances en termes d'isolation thermique et acoustique. La société peut ainsi revendiquer une forte diminution du processus d'émission du gaz carbonique en réduisant drastiquement le recours au béton et en valorisant un déchet qui stocke le carbone. Alkern, qui propose également un bloc bio-sourcé incorporant de l'écorce de chêne liège, naturellement isolante, travaille aussi sur d'autres espèces végétales, afin de développer des variantes "locales". L'utilisation de fibres de bambou est notamment étudiée en Birmanie.

Algues déshydratées…

Autre exemple, celui de la société Felor, qui a imaginé une peinture à base d'algues bretonnes. Ou plus précisément de déchets ultimes d'algues utilisées dans la cosmétique et l'agroalimentaire. "L'idée était de créer une peinture bio-sourcée qui soit un produit sain pour un habitat sain, sans émission de composés organiques volatils", précise Lionel Bouillon, le président-directeur général de l'entreprise. "On s'affranchit ainsi des matières premières dérivées du pétrole. Et les algues de culture proviennent de Morlaix et de Saint-Malo, ce qui est proche de notre usine de Rennes", poursuit-il. Techniquement, les déchets déshydratés sont retraités et incorporés dans une résine, elle aussi bio-sourcée, à base de colza. L'algue rouge joue le rôle d'épaississant dans la mixture, tandis que l'algue brune lamellaire - le goémon - sert de charge et contribue à une meilleure opacité de la peinture. Une donnée qui permet d'améliorer le rendement du produit fini, et donc, d'en utiliser moins. La peinture Algo peut ainsi revendiquer être d'origine naturelle (algues et colza) à hauteur de 98 %.

… ou coques de noix

Les recherches actuellement menées au CoDEM Le BatLab, un centre spécialisé dans la R&D pour la construction installé en Picardie, visent également à remplacer les produits chimiques pétroliers par des composés chimiques plus "verts". Alexis Theveniaux, chercheur, explique : "Les mousses de polyuréthane sont performantes pour l'isolation mais elles sont coûteuses à produire et donc chères à l'achat. De plus, elles sont non recyclables, non hygroscopiques et toxiques". Les scientifiques se sont donc penchés sur la possibilité de produire une mousse expansée isolante, très performante, à partir de ressources renouvelables, non toxiques, disponibles industriellement, tout en visant un coût inférieur à 150 €/m². Leur attention s'est portée sur la noix de Cajou liquide, une huile phénolique issue des coques, considérées comme un déchet. Mélangé, à hauteur de 20 ou 30 %, avec un polyol d'origine pétrochimique (et divers adjuvants comme des catalyseurs, tensioactifs ou antioxydants), le composé permet d'obtenir une mousse dont les propriétés thermiques sont mêmes supérieures à celles des polyuréthanes classiques. Cependant, la résistance à la compression s'en trouve légèrement dégradée. Quant à la tenue au feu, les chercheurs travaillent à l'élaboration d'un retardateur également bio-sourcé.

 

Plus que jamais, la chimie verte et la valorisation des déchets convergent pour faire des matériaux de construction à responsabilité environnementale accrue.
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