Le Plan Transition Numérique dans le Bâtiment (PTNB) a encore beaucoup de pain sur la planche : une infime partie des professionnels déclare utiliser régulièrement le BIM dans leur travail. Près des trois-quarts ne l'emploieraient même jamais. Le baromètre du PTNB évoque les freins et inquiétudes qui entourent encore la maquette numérique.

La maquette numérique peine à s'imposer en France. C'est le constat que dresse le Plan Transition Numérique dans le Bâtiment dans son baromètre (*). Ainsi, le BIM resterait "encore largement inutilisé par les professionnels" : en effet, seuls 11 % d'entre eux déclarent l'utiliser régulièrement dans leur activité alors que 73 % ne l'utilisent jamais. La marge de progression est donc énorme, surtout du côté des entreprises de la construction. Elles ne sont en effet que 3 % à remettre un modèle tridimensionnel couplé à des informations techniques, contre 12 % des architectes, les meilleurs élèves de la classe.

 

Intéressant mais complexe et surtout coûteux

 

Première cause évoquée à cette désaffection, la commande encore marginale de la maîtrise d'ouvrage. Seuls 7 % des maîtres d'ouvrage demanderaient une maquette numérique 3D "enrichie d'informations" dans plus d'une opération sur deux ! Ils seraient en revanche 58 % à ne jamais la réclamer. Dans le cas d'une maquette 3D "simple", les chiffres évoluent légèrement avec 12 % de MOA qui l'exigent et 50 % qui ne la demandent pas. Parmi les raisons invoquées, la première est celle d'une complexité accrue, avancée par 49 % des répondants. Le coût, notamment du côté des entreprises, est également incriminé (35 % des cas). Le PTNB précise : "La perception du BIM pour les professionnels du bâtiment est que c'est utile pour la profession et intéressant pour le BTP, mais complexe et coûteux". Ils sont tout de même environ 45 % à trouver ces solutions pertinentes pour leurs métiers. Enfin, 33 % des personnes interrogées estiment qu'il s'agit d'une réelle innovation.

 

Du côté des avantages perçus, une majorité des acteurs du BTP pense que la maquette numérique va "favoriser les échanges" entre eux (61 %), permettant, par-là, de "minimiser les erreurs de conception" (57 %). De quoi "améliorer la qualité" des projets (37 %) ou réduire les délais d'études (19 %). L'argument de réduction des coûts de construction et d'exploitation, quant à lui, ne convainc que modérément les professionnels (entre 9 et 13 % des répondants). Car, encore une fois, c'est une question d'investissement qui se pose à eux. Le Plan Transition Numérique identifie ainsi trois freins majeurs à l'utilisation du BIM.

 

Un besoin d'information et de formation

 

Le premier est celui du coût des matériels et logiciels à acquérir, un frein qui rebute 47 % des répondants. Le deuxième, qui a été identifié, est un "manque de compétences au sein de l'entreprise" (45 %), tandis que la troisième raison invoquée est "le manque de standardisation des outils et protocoles" (30 %). Le PTNB souligne que chaque profession met en avant des difficultés propres, comme les entreprises qui placent ce manque de standardisation en deuxième position, derrière le problème de compétences et devant le coût, tandis que les maîtres d'ouvrages estiment que la maquette numérique n'est pas encore une priorité stratégique pour eux.

 

Afin de surmonter ces difficultés, et en savoir plus sur le BIM, nombreux sont les acteurs de la construction à souhaiter se former (78 %). Une urgence même, pour 45 % d'entre eux, qui déclarent avoir besoin de le faire à court terme. Interrogés sur les raisons de ne pas se lancer dans une telle démarche d'apprentissage, les sondés estiment toujours manquer d'informations et ne pas avoir les moyens financiers d'une telle opération. Du côté des utilisateurs réguliers de la maquette numérique, une grande majorité raconte rencontrer des problèmes techniques liés à l'interopérabilité des solutions informatiques : ouverture des fichiers impossible, ressaisie nécessaire des informations, etc. Le PTNB note : "Toujours parmi ceux qui déclarent utiliser le BIM, on remarque que seulement 16 % utilisent le format IFC".

 

Les conclusions de ce baromètre coïncident bien avec les propos de Bertrand Delcambre, le président du Plan Transition Numérique, qui déclarait, en avril dernier, lors du dépôt d'un des premiers permis de construire BIM de France à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne) : "Il faut accélérer le mouvement car il y a une certaine urgence à construire vite et mieux. Si cela paraît évident pour de grandes tours à La Défense, sur de 'petits projets' (…) il est très important de mettre en évidence les avantages du BIM et de les expliquer pour convaincre et donner envie". Un vaste programme.

 


(*) Méthodologie : l'enquête a été menée auprès de 1.103 répondants et publiée en avril 2016
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