Plus qu’un bâtiment de pouvoir, le ministère des Finances de Bercy, situé dans le quartier éponyme, est surtout un lieu de symboles. A commencer par le chiffre 5 qui revient sans cesse lorsqu’on évoque ce site : plus de 5.000 personnes travaillent dans 5 bâtiments répartis sur 5 hectares. Et ce n’est qu’un début…
Historiquement implanté dans l’aile Richelieu du prestigieux Palais du Louvre, le ministère a emménagé sur le site de Bercy à l’automne 1989, suite à la décision du Président François Mitterrand de «
rendre le musée du Louvre à l’Histoire de France ». L’idée, c’est aussi de rassembler tout le personnel de ce ministère sur un seul et même site et d’opérer un rééquilibre dans la partie Est de Paris, face à l’émergence du quartier de La Défense. Bercy s’inscrit donc dans le programme des Grands Travaux du président socialiste, et le projet, retenu en 1982, est confié à l’équipe d’architectes composée de Paul Chemetov et Borja Huidobro, qui se chargent des pavillons Colbert, Vauban et Necker. Les deux autres bâtiments du ministère – Sully et Turgot – seront conçus par Louis Arretche et Roman Karasinski. Dès 1984, les travaux démarrent.
S’appuyant sur la présence du viaduc de Bercy, et souhaitant conserver le passé médiéval du site, les architectes ont ainsi imaginé le bâtiment central « Colbert » comme un viaduc, avec deux arches de 70 mètres, l’une plongeant dans la Seine, l’autre enjambant la rue de Bercy. De même, des douves et un pont-levis parachèvent les références au Moyen-âge. Arches et passerelles caractérisent ce ministère puisque les cinq bâtiments qui le constituent sont tous reliés les uns aux autres. La modernité des bâtiments contraste également avec les autres lieux de pouvoir habituels (Elysée, Matignon, Quai d’Orsay…) : ici, confort et technologie se côtoient au quotidien, et l’on peut compter sur les 5 restaurants, 3 cafétérias, la crèche ou le bureau de Poste pour apporter tout le bien-être possible aux « habitants » de Bercy.
Bercy, un véritable village…
Car il s’agit bien d’une « ville dans la ville ». Rues, galeries, passerelles, terrasses, patios et autres jardins agrémentent l’ensemble de bâtiments qui communiquent de façon très astucieuse entre eux. En effet, les architectes ont anticipé, dès le milieu des années quatre-vingts, l’arrivée des nouvelles technologies, et ont donc pris le parti de créer un immeuble « intelligent » entièrement précâblé et doté de systèmes de gestion très performants. Ainsi, les espaces de travail ont été aménagés de façon à tenir compte de la vie des services, l’arrivée des fluides se fait par les faux plafonds, tandis que les cloisons sont modulables et adaptables selon les besoins. Mais c’est surtout le système d’acheminement du courrier qui retient l’attention. Le « Télédoc » assure la distribution automatique du courrier grâce à ses quelque 500 wagonnets qui circulent quotidiennement à 5 km/h sur les 5.5 km de rails répartis sur le site (et revoilà le chiffre 5 !). Et ce ne sont plus désormais que 5 tonnes de courrier, contre 12 tonnes avant l’ère de l’informatique, qui s’acheminent dans les sous-sols de Bercy.
Mais Bercy, ce sont aussi les bureaux des ministres de l’Economie, du Budget, de l’Industrie, de l’Emploi, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat ! Soit autant d’espaces dédiés à ces hauts fonctionnaires de l’Etat. Une aile leur est d’ailleurs réservée, nommée l’Hôtel des ministres, qui présente une architecture particulière avec une ossature centrale composée d’un cube noir de 9 étages. Sa particularité tient aussi dans sa position décalée de 12° par rapport à l’axe du bâtiment Colbert, de façon à être situé face à Notre-Dame. Enfin, véritable « bunker », ce cube est surmonté d’un héliport, qui n’est plus en fonction à ce jour, et profite également d’un embarcadère, au pied de la « Pile en Seine » qui permet aux ministres de rejoindre l’Assemblée Nationale en à peine quelques minutes…
Bercy en chiffres
5.100 personnes travaillent sur le site
5 hectares
2 grandes arches de 70 m de long et de 8.000 tonnes chacune
Bâtiment Colbert : 360 m de long ; 43 m de haut
206.000 m2 de surfaces de bureaux
48.000 m2 de surfaces vitrées
42.8 km de couloirs
110 ascenseurs ou monte-charge
31 œuvres d’art exposées sur le site