REACTIONS. Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire a annoncé le doublement du plafond de chiffre d'affaires pour les micro-entrepreneurs, le nouveau nom des auto-entrepreneurs, un engagement du président Macron. Une décision critiquée par la CPME, mais saluée par l'Union des auto-entrepreneurs.

"Nous tenons nos engagements", martèle le ministre de l'économie, Bruno Le Maire. Parmi eux, le doublement du plafond de chiffre d'affaires pour conserver le statut d'auto-entrepreneurs - désormais appelés micro-entrepreneurs - que ce dernier a annoncé pour 2018. "Oui, cette mesure figurera dans le projet de loi de finances", qui sera présenté en septembre, a-t-il déclaré dans un entretien au Dauphiné Libéré.

 

Pour rappel, le plafond est actuellement fixé à 82.800 euros par an pour la vente de marchandises et à 33.100 euros pour une prestation de service. Le seuil passerait donc à 165 600 pour les ventes de marchandises et à 66 200 euros pour les prestations de services.

 


 

Une annonce immédiatement critiquée par la Confédération des petites et moyennes entreprises CPME qui appelle à la concertation, car "les auto-entrepreneurs bénéficient de conditions fiscales et sociales spécifiques ce qui génère, dans certains secteurs, une concurrence déloyale inacceptable par rapport aux autres formes sociétales, et en particulier les artisans."

 

"Ne nous trompons pas, une France d'auto-entrepreneurs ne pourrait ni investir massivement ni embaucher", CPME
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Afin de ne pas continuer à "fragiliser des pans entiers de notre économie qu'il s'agisse des services ou du bâtiment", l'organisation patronale trouve plus pertinent d'opérer "une distinction entre revenus d'appoint et activité principale" : "le statut de micro-entreprise devrait, dans ce dernier cas, être limité à une période de 3 ans avant de passer sous un statut de droit commun, et ce pour éviter un entrepreneuriat à plusieurs vitesses".

 

"On développe dans notre pays une concurrence interne", Patrick Liébus, Président de la Capeb

 

Cette annonce est aussi mal perçue par les acteurs du bâtiment. "C'est contre-productif", nous a confié Jacques Chanut. "Cela va renforcer la concurrence déloyale", estime le Président de la FFB qui aurait préféré que le gouvernement "simplifie la vie de ceux qui créent de l'emploi et de la richesse.

 

Patrick Liébus, en tant que président de la Capeb et membre de l'U2P, ne "comprend pas cette décision". Au moment même où les organisations patronales sont reçues pour trouver des solutions pour aider les entreprises à se développer et à créer de l'emploi et que le chef de l'Etat défend la révision de la directive des travailleurs détachés, "on développe dans notre pays une concurrence interne", dit-il jugeant cela "antinomique". "Je dis attention alerte", poursuit-il "les artisans ne supportent plus de voir cette concurrence déloyale […] qui ternit l'image de notre secteur." Il ajoute enfin que "ce n'est pas un statut qui permet de se développer, il doit donc rester provisoire".

Pour l'Union des Auto-entrepreneurs, une promesse tenue, c'est bien, mais il ne faut pas oublier les autres

L'Union des Auto-entrepreneurs s'est quant à elle félicitée de cette confirmation du doublement de plafond dès 2018 pour bénéficier du régime d'auto-entrepreneur mais "rappelle les fortes attentes suscitées par d'autres promesses du Président de la République sur le travail indépendant : allocation perte subite d'activité, réforme du RSI et convergence des protections sociales".

 

Grégoire Leclercq, président de la Fédération des Auto-Entrepreneurs (Fedae), estime aussi que cette mesure est "encourageante" et "rassembleuse". "Elle permettrait à certains artisans ou commerçants au régime de droit commun de bénéficier de la simplicité du régime", a-t-il expliqué à l'AFP.
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