INFRASTRUCTURES. Et si les chaussées savaient communiquer des informations sur leur état physique et sur le trafic qui les parcourent, en temps réel ? Il faudrait pour cela développer à la fois des capteurs et des algorithmes de calcul pour traiter une masse énorme d'informations. C'est exactement ce que fait la startup Altaroad, issue de travaux menés à Polytechnique et l'Ifsttar.

Qui n'a jamais pesté contre des embouteillages, des chaussées déformées par les poids lourds ou endommagées par les intempéries, et contre des feux rouges non synchronisés ? Et si tout ceci appartenait bientôt au passé et que les axes de circulation devenaient fluides et agréables à parcourir ? Il ne s'agit plus totalement de fiction avec les travaux d'Altaroad, une startup incubée, à Agoranov, qui teste actuellement sa solution sous l'enceinte climatique Sense-City.

 

L'ambition des trois co-fondatrices - Cécile Villette, Rihab Jerbi et Bérengère Lebental - est "d'améliorer la durabilité et la sécurité des infrastructures routières". Pour y parvenir, les trois scientifiques ont développé un réseau de nano-capteurs, enfouis dans les routes, capables de recueillir tout un panel de données qui seront analysées en temps réel par des algorithmes maison. Rihab Jerbi explique : "Les capteurs nous informent sur différentes caractéristiques physiques de la route ce qui permet de programmer les travaux d'entretien". Ces données sont suffisamment précises pour identifier le type de véhicule en train d'utiliser la portion de chaussée située à sa verticale, avec son poids, sa vitesse et le nombre d'essieux. La spécialiste dévoile que cette "pesée dynamique" présente une précision de l'ordre de 5 % suffisante pour déterminer s'il s'agit d'une voiture familiale, d'un utilitaire ou d'un poids lourd.

 

Détecter, traiter, anticiper

 

Encore plus forte, la solution pourra également avertir les gestionnaires de réseaux de la formation de verglas à certains endroits précis ou de la présence d'un véhicule arrêté sur le bas-côté ou circulant à contresens ! Le système surveille donc à la fois l'infrastructure mais également le comportement de ses usagers. Il est donc destiné aux opérateurs routiers et aux gestionnaires "de zones de transit", qu'il s'agisse de villes, de parcs d'activités logistiques ou de chantiers. Altaroad constitue un outil d'aide à la prise de décision rapide, capable à la fois de gérer les flux de trafic et de désigner les portions qui nécessiteront des interventions humaines. Car les capteurs diront si les propriétés mécaniques de la chaussée ont évolué et que des travaux de réfection s'avèrent impératifs. La startup planche actuellement sur le sujet de la maintenance prédictive avec Eiffage.

 

La technologie, développée à l'Ecole Polytechnique, va être soumise à des multiples conditions climatiques sous l'enceinte climatique à vocation urbaine de l'Ifsttar. Cécile Villette résume : "Nous avons pu apprendre sur le terrain. Le démonstrateur Sense-City nous a permis de tester, en conditions réelles et protégées, les performances de notre dispositif pendant plusieurs mois. Pas de trafic, pas de demandes d'autorisations… C'était parfait pour répéter les opérations autant de fois que nécessaire". Pour elle, grâce à la halle climatique, les travaux de la jeune pousse prennent une autre dimension : "Température, humidité, qualité de l'air… Tout est réglable. Nous allons pouvoir pratiquer des tests très précis qu'aucune autre structure ne permettait". Dans les faits, le laboratoire à échelle 1 permettra de simuler une canicule, un épisode orageux intense ou une période de grand froid, afin de continuer à évaluer les performances des capteurs sans pour autant parcourir le monde. Le déploiement à l'international sera un enjeu une fois la solution validée. Cécile Villette note : "3,7 milliards de personnes vivent aujourd'hui en ville. En 2030, elles seront près de 5 milliards, soit 50 % de plus. Moderniser les routes est un enjeu mondial".

actionclactionfp