ANTICIPATION. L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe), qui a actualisé ses scénarios énergie-climat pour 2035 et 2050, estime que la France a deux chantiers prioritaires pour atteindre ses objectifs : la rénovation thermique des bâtiments et l'évolution des modes de transport. Détails.

Il est possible de réduire massivement, dans les trente années qui viennent, les émissions de gaz à effet de serre et les consommations d'énergie finale afin d'atteindre une France décarbonée à l'horizon de 2050. C'est en tout cas l'avis de l'Ademe qui a réactualisé ses scénarios énergie-climat 2035-2050, publiés une première fois en 2012. L'agence propose une approche combinée, couvrant l'intégralité des besoins du pays en termes d'électricité, de chaleur et de carburants, qui alimentera les réflexions autour de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et du Plan Climat. Le but : parvenir à passer de 149 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) en 2010, à 105 Mtep en 2035 puis 82 Mtep en 2050.

 

Les spécialistes pensent que deux chantiers sont aujourd'hui prioritaires pour parvenir à diviser par quatre l'empreinte CO2 et réduire de moitié les consommations énergétiques : la rénovation en profondeur du parc de bâtiments existants et la transition rapide vers des modes de déplacement aux émissions réduites. Car la demande d'énergie doit baisser dans tous les secteurs, du bâtiment résidentiel et tertiaire à l'industrie, en passant par les transports et l'agriculture. Des gains d'efficacité seront nécessaires ainsi qu'une augmentation de la part relative de l'électricité dans le mix total par transfert de certains usages. "Dans le domaine du bâtiment, le rythme de rénovation énergétique de 500.000 logements/an s'accélère après 2030 pour atteindre 750.000 logements/an jusqu'en 2050", calcule l'agence. Au-delà des seules passoires énergétiques que le gouvernement souhaite éradiquer dans les 10 ans, la réhabilitation d'une grande partie des logements est donc anticipée, avec le nombre impressionnant de 26 millions de foyers rénovés en 2050 plus 9 millions d'autres déjà au standard BBC.

 

Hybridation, réseaux, stockage : les points clés

 

Pour la mobilité, l'étude anticipe une diminution de la prévalence de la route, "du fait de l'émergence de nouveaux modes de déplacement serviciels et de la baisse de la mobilité des personnes (-24 % en 2050), ainsi que d'une croissance limitée du trafic de marchandises". Les véhicules particuliers électriques ou hybrides seront de plus en plus nombreux, ainsi que ceux fonctionnant au gaz, permettant de diminuer les émissions à une moyenne de 47 gCO2/km à la moitié du 21e siècle, contre 179 gCO2/km aujourd'hui.

 

Pour les évolutions du mix énergétique, plusieurs trajectoires sont considérées. Pour l'Ademe, elles "mettent en évidence l'intérêt croissant de développer les interactions entre les différents vecteurs énergétiques (électricité, gaz, chaleur)". Elle cite l'exemple de la cogénération à partir de biomasse ou de chaleur fatale, couplée à du stockage thermique, permettant d'apporter de la flexibilité entre les productions, ou celui de la valorisation d'excédents d'électricité produite par des sources variables, sous forme de synthèse de gaz. Sur l'ensemble du mix, ces renouvelables pourraient couvrir entre 46 et 69 % de toute la demande d'énergie finale en 2050. L'électricité française proviendrait, par exemple, à 43 % de l'éolien et à 24 % du photovoltaïque, le nucléaire ne représentant plus que 5 %. Dans le réseau de gaz, méthanisation et méthanation représenteraient 30 % du total, derrière le gaz naturel (60 %) et devant l'hydrogène (6 %). Quant aux réseaux de chaleur, ils seraient principalement alimentés par du bois énergie (57 %) et de la géothermie (27 %). Il faut souligner que d'importants travaux d'infrastructures seront nécessaires pour accompagner cette évolution qu'il s'agisse de réseau de transport d'électricité ou de gaz. David Marchal, le directeur adjoint Productions & Energies durables à l'Ademe conclut : "Il est possible de modifier profondément notre approvisionnement énergétique, à condition de réduire les consommations. [Mais] il faudra donner un coup d'accélérateur avant 2035, sinon on va prendre trop de retard". Le compte à rebours est lancé.
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