Le Cerib a développé un outil intelligent à destination des producteurs de blocs préfabriqués en béton. Cette planche connectée permet de garantir une meilleure qualité des produits. Kaïs Mehiri, en charge du Développement et de l'Innovation, nous explique son principe de fonctionnement.

La production de blocs béton moulés va faire des progrès grâce à… une planche. Mais une planche intelligente, nommée Abilys SB 2.0, et bardée de capteurs. L'instrument technologique est ainsi apte à rechercher les anomalies pendant le cycle de production des blocs. C'est Kaïs Mehiri, ingénieur en charge du Développement et de l'Innovation au Centre d'études et de recherches de l'industrie du béton (Cerib), qui dévoile son fonctionnement : "Le diagnostic de ces anomalies, dans une presse vibrante à blocs, en cycle de production, est d'ordinaire compliqué car une multitude de défauts peuvent survenir : il peut s'agir d'un problème sur les vibreurs, sur les frappeurs, les pontées, les silent blocks… Ou bien de soucis dans l'ensemble du marteau-pilon, comme la rehausse, la vessie, les butées…". Autant de points à contrôler qui rendent les conclusions difficiles à établir et qui retardent la reprise de production, puisqu'il faut arrêter les machines.

 

Le spécialiste poursuit : "La planche équipée est, elle, placée au cœur de l'appareil de production. Elle est introduite dans la presse, sous le moule, et le cycle est lancé". Abilys enregistre alors, en temps réel, toutes les données physiques : répartition et masse des produits injectés dans le moule, planéité, défauts ou écarts de vibrations, homogénéité du remplissage des différentes alvéoles, durée de chacune des phases… "En tout, plus de 400 données par seconde à multiplier par les 16 secondes d'un cycle", révèle Kaïs Mehiri. De quoi améliorer les réglages et les performances des installations en obtenant des points de repère et des index de références, quel que soit le produit sorti (bloc béton, bordure, pavé, hourdis) et quelle que soit la machine testée (presse simple ou double, bicouche).

 

Simple radiographie ou rapport d'analyses complet ?

 

Le Cerib, qui a breveté l'invention en février 2017, l'assure : la maintenance des outils de production s'en trouve facilitée pour les industriels, puisque le diagnostic peut être établi en moins d'une heure. "Une machine mieux réglée ce sont des produits de meilleure qualité", martèle l'ingénieur. Le dispositif a déjà été testé en conditions réelles chez un producteur de dallages, pavages et autres éléments de jardin. Laurent Monnier (Marlux), raconte : "Le process est mieux maîtrisé, car les éléments non visibles sont difficiles à détecter. Abilys permet d'en faire la photo". L'industriel prévoit de faire intervenir le Cerib une fois par an sur ses chaînes de production, afin de contrôler les dérives éventuelles, voire plus souvent si nécessaire. Pour l'heure, deux niveaux de diagnostic existent : l'offre Check-up qui dresse l'état de santé de la presse, réalisée par un technicien du Cerib, et l'offre Prescription, qui vient en complément et fournit un rapport d'analyse détaillé qui livre des solutions préventives et/ou correctives. Cette seconde offre est réalisée par un technicien accompagné d'un ingénieur-expert.

 

Quant à Kaïs Mehiri, il travaille déjà à une version plus évoluée et plus pratique de son instrument. Il évoque : "Il faudra qu'il soit moins cher, qu'il ne soit plus relié par câbles à l'ordinateur mais par une liaison WiFi par exemple. Et surtout, il faudrait qu'il soit utilisable en production continue, sans même avoir besoin de stopper la presse pour l'introduire". Il reste donc encore un peu de pain sur… la planche.
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