Une étude révèle que plus de huit notaires installés sur dix craignent que l'arrivée des "notaires Macron" ne fragilise le notariat. Ils sont aussi très nombreux à être inquiets de l'avenir. Précisons.

Combattus par les notaires en place, défendus par le Conseil supérieur du notariat (CSN), les nouveaux offices de notaires créés par la loi Macron doivent voir le jour à compter de mars, au fil de tirages au sort supervisés par l'Autorité de la concurrence. Une étude réalisée par Immonot, portail immobilier du Groupe Notariat Services, et publiée ce 21 février 2017, vient confirmer les craintes des notaires déjà installés.

 

L'étude révèle en effet que 83% des notaires installés redoutent l'arrivée des nouveaux professionnels, surnommés "notaires Macron", qui vont s'installer librement dans les mois à venir, estimant qu'ils vont "fragiliser" les études. Pour 79% d'entre eux, cette arrivée prochaine est de nature à créer une "fracture sociale" dans le notariat. Ils estiment que la déontologie des notaires est fortement remise en question, précise l'étude qui cite en exemple le témoignage d'un de ces professionnels : "l'absence de sensibilisation à notre déontologie va engendrer des comportements inappropriés".

 

Crainte d'une concurrence déloyale

 

L'enquête met en avant un sentiment d'injustice chez les notaires en exercice, qui pointent du doigt la facilité avec laquelle les jeunes diplômés tirés au sort s'installeront dans leur étude notariale. Ils éprouvent un sentiment de "concurrence déloyale", selon l'enquête, dans la mesure où ces nouveaux notaires pourront s'installer librement tandis que d'autres continueront à s'endetter pour racheter une étude. Immonot indique que de nombreux notaires déplorent la paupérisation de la profession, notamment les petites études de campagne.

 

70% des notaires interrogés estiment que le tirage au sort n'est pas une bonne chose, contre 30% qui se disent favorables au dispositif expliquant : "Il n'y a aucune raison de discriminer. Si on veut la liberté d'entreprendre, il faut accepter la liberté pour ceux déjà installés de développer leur entreprise".

 

Interrogés sur leur intention d'ouvrir un office supplémentaire, 90% d'entre eux ont répondu négativement. Immonot en conclut que seule une faible proportion des notaires en accord avec l'idée de participer au tirage au sort concrétiseraient leur installation.

 

Méfiance envers les futurs arrivants

 

Les notaires se montrent inquiets pour l'avenir. Selon l'étude, 77% voient dans la cohabitation avec les nouveaux notaires un avenir sombre. "Ils appréhendent un futur marché ultra-concurrentiel qui ne leur permettra de se rémunérer suffisamment", souligne Immonot.

 

Enfin, à la question "Quel accueil réservez-vous à vos nouveaux confrères ?", 74,5% pensent adapter leur comportement en fonction de l'attitude des nouveaux entrants. 17% disent qu'ils seront "courtois mais froid", 12,8% "chaleureux et confraternel" et 6,4% affirment qu'ils ne leur feront pas de cadeaux. "Globalement, les notaires affichent une certaine prudence et semblent vouloir rester sur leurs réserves", analyse Immonot qui conclut que les résultats de son enquête témoignent d'une "certaine méfiance chez les notaires installés envers les futurs arrivants. Pour le moment, la vigilance semble être de mise".

 

Pour rappel, quelque 30.000 demandes émanant de 7.000 candidats ont été enregistrées pour créer des offices dans 247 zones d'installation libre en France. La France compte 9.600 notaires dans 4.500 études qui emploient quelque 40.000 salariés et réalisent un chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros, selon le CSN.
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