Qu'elle intervienne dans le cadre d'un projet de rénovation totale ou de réhabilitation, la démolition d'un ouvrage est une opération de plus en plus importante pour le maître d'ouvrage, en raison de la multiplicité des aspects à prendre en compte et des aléas pouvant être rencontrés au cours des travaux. Interview de Gérard Légalle, directeur général de Ginger CEBTP Démolition.

Batiactu : Quelle est l'importance des étapes de la fin de vie d'un bâtiment ou d'un ouvrage ?
Gérard Légalle : Ces aspects sont à considérer dès le lancement des études, leur incidence pouvant être majeure en termes de délai et de coût, et ce d'autant que la réglementation attachée aux opérations de curage et désamiantage préalables à la démolition évolue constamment. C'est particulièrement le cas, sur la partie désamiantage, vis-à-vis des niveaux d'exposition des personnels intervenants. Ainsi, en 2015, la quantité de fibres en suspension par litre d'air sera divisée par 10. Des démarches d'échanges existent entre les entreprises et les organismes de prévention. Les entreprises n'attendront pas 2015 pour satisfaire à cette exigence.

 

Batiactu : Quelles sont les différentes méthodes de démolition à disposition des entreprises ?
Gérard Légalle : Concernant la démolition structurelle, la méthode (mécanique ou à l'explosif) doit être définie au cas par cas en fonction des enjeux de l'opération, de la nature et de la configuration de l'ouvrage à démolir et aussi des contraintes du site. La démolition à l'explosif répond particulièrement à des ouvrages relativement hauts ou à structures non courantes, situés en site contraints, demandant une intervention courte et parfaitement maîtrisée. Cette méthode est ainsi souvent choisie en site industriel. La démolition mécanique (à la pelle à grand bras ou par écrêtage) reste économique pour des bâtiments et ouvrages courants non contraints. Elle suppose une bonne formation des conducteurs d'engins et des pelles à grand bras notamment. Les nombreux aspects touchant à la démolition d'un ouvrage montrent qu'elle ne peut être entreprise aujourd'hui sans études spécifiques préalables, pour répondre aux objectifs du maître d'ouvrage et être réalisé en respect de la réglementation en vigueur.

 

Batiactu : Quels sont les points cruciaux à contrôler ?
Gérard Légalle : Aujourd'hui, dans toute opération de démolition, l'attention est aussi systématiquement portée sur la sécurité interne et externe au chantier, la limitation des nuisances (bruit, poussières, vibrations) et l'impact sur l'activité des avoisinants (commerces, circulation des véhicules et des piétons, transports en communs). Pour réduire les aléas et répondre aux différents aspects évoqués, la maîtrise d'un projet de démolition doit ainsi passer en amont au niveau des études par : un inventaire, le plus exhaustif possible, avec le maître d'ouvrage des enjeux et objectifs de l'opération de démolition mais aussi du projet global dans lequel elle s'inscrit. Puis la réalisation de diagnostics détaillés (amiante, déchets, structures, infrastructures), permettant de quantifier et de définir précisément les méthodologies et conditions de réalisation des travaux de désamiantage, déconstruction et démolition, voire de mettre en évidence les incertitudes devant être levées ultérieurement. Enfin, par la définition des conditions de déconstruction et désamiantage, le plus en amont possible lorsqu'elles sortent de cas usuels, par des chantiers tests menés en concertation avec tous les acteurs et notamment les organismes de prévention.

 

Batiactu : Comment peut-on améliorer la performance environnementale d'un chantier de démolition ?
Gérard Légalle : La connaissance du projet d'aménagement urbain ou industriel et de sa finalité, dans lesquels s'intègre la démolition, voire des besoins de projets voisins, permet par exemple de trouver des pistes d'optimisation concernant la revalorisation des déchets inertes. Une revalorisation de déchets inertes, sur le chantier ou à proximité, conduit aussi à la réduction des nuisances d'ordre environnementales (bruits, poussières, limitation des transports, des risques liés au trafic routier, de l'endommagement des voiries utilisées…). La poursuite des efforts de développement et d'organisation des filières d'élimination des déchets non dangereux (bois, métaux, plastiques) constitue également une piste d'optimisation générale.
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